CG1-0547.md

identifiantCG1-0547.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1796/04/29 00:00
titreNapoléon à Joséphine
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 547. - </b>À Joséphine</h1><p><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Cherasco, 10 floréal an IV [29 avril 1796]</h2><p style="background: #ffffff"><br/> </p><p>Murat[^1], qui te remettra cette lettre, t’expliquera, mon adorable amie, ce que j’ai fait, ce que je ferai, ce que je désire. J’ai conclu une suspension d’armes avec le roi de Sardaigne[^2]. J’ai, il y a trois jours, expédié Junot avec mon frère ; mais ils arriveront après Murat, qui passe par Turin. Je t’écrivais par Junot de partir avec lui pour me venir joindre ; je te prie aujourd’hui de partir avec Murat, de passer par Turin ; tu abrégeras de quinze jours : il sera donc possible que je te voie ici avant quinze jours. Viens, cette idée me transporte de joie ; ton logement est prêt à <i>Mondovi</i> et à <i>Tortone</i> : tu pourras de Mondovi aller &lt;…&gt; Nice et à Gênes, et de là dans le reste de l’Italie, si cela te fait plaisir. Mon bonheur est que tu sois heureuse, ma joie que tu sois gaie, mon plaisir que tu en aies. Jamais femme ne fut aimée avec plus de dévouement, de feu et de tendresse. Jamais il n’est possible d’être plus entièrement maître d’un cœur et d’en dicter tous les goûts, les penchants, d’en former tous les désirs : s’il en est autrement de toi, je déplore mon aveuglement, je te livre aux remords de ton âme ; et si je n’en meurs pas de douleur, froissé pour la vie, mon cœur ne s’ouvrirait plus au sentiment du plaisir et de la douleur ; triste, fier ou froid, ma vie serait toute physique : car je croirai, en perdant ton amour, ton cœur, ton adorable personne, perdre tout ce qui rend la vie aimable et chère ! Ah ! alors je ne regretterai plus de mourir, ou peut-être réussirai-je à la recevoir au champ d’honneur. Comment veux-tu, ma vie, que je ne sois pas triste ? Pas de lettres de toi ; je n’en reçois que tous les quatre jours, au lieu que si tu m’aimais, tu m’écrirais deux fois par jour ; mais il faut jaser avec les petits messieurs visiteurs dès dix heures du matin, et puis écouter les sornettes et les sottises de cent freluquets jusqu’à une heure après minuit. Dans les pays où il y a des mœurs, dès dix heures du soir tout le monde est chez soi ; mais dans ces pays-là l’on écrit à son mari, l’on pense à lui, l’on vit pour lui. Adieu, Joséphine ; tu es pour moi un monde que je ne peux expliquer ; je t’aime tous les jours davantage. <i>L’absence guérit les petites passions et accroît les grandes.</i> Un baiser sur ta bouche, un sur ton cœur ; il n’y a personne que moi, n’est-ce pas ? et puis un sur ton sein. Que Murat est heureux... petite main... Ah !... si tu ne viens pas ! ! !...</p><p>Mène avec toi ta femme de chambre, ta cuisinière, ton cocher ; j’ai ici des chevaux de carrosse à ton service et une belle voiture. Ne porte que ce qui t’est personnellement nécessaire. J’ai ici une argenterie et une porcelaine qui te serviront. Adieu, le travail me commande. Je ne puis laisser la plume. Ah ! si ce soir je n’ai pas de tes lettres, je suis désespéré. Pense à moi, ou dis-moi avec dédain que tu ne m’aimes pas, et alors peut-être je trouverai dans mon esprit de quoi être moins à plaindre.</p><p>Je t’ai écrit par mon frère qu’il avait 50 louis à moi, dont tu pouvais disposer. Je t’envoie par Murat[^3] 200 louis dont tu te serviras, si tu en as besoin, ou que tu emploieras à meubler l’appartement que tu me destines. Si tu pouvais y mettre partout ton portrait ! mais non, il est si beau celui que j’ai dans mon cœur, que quelque belle que tu sois, et quelques habiles que soient les peintres, tu y perdrais.</p><p>Écris-moi, viens vite : ce sera un jour bien heureux... que celui où tu passeras les Alpes : c’est la plus belle récompense de mes peines et des victoires que j’ai remportées.[^4]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3> [^1]: Murat était alors premier aide de camp de Bonaparte [^2]: Armistice de Cherasco conclu la veille. [^3]: <span></span>Joachim Murat (1767-1815), engagé en 1787, il entre au service de Bonaparte au moment de Vendémiaire, le suit en Italie. Il est nommé général de brigade le 10 mai 1796.<p class="sdfootnote-western"><br/> </p> [^4]: <span></span><i>Mémoires d’une cotemporaine ou souvenirs d’une femme sur les principaux personnages de la République, du Consulat et de l’Empire, etc., Paris, Ladvocat, </i>1827, p. 371-374.</body>
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