| identifiant | CG1-0517.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1796/04/22 00:00 |
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| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 517. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Lesegno, 3 floréal an IV [22
avril 1796]</h2><p style="text-align: center"><br/>
</p><p>J’ai à vous rendre compte de la prise de Ceva,
du combat de Mondovi et de notre entrée dans cette place.</p><p>Le 27[^1],
le général divisionnaire Augereau partit de Montezemolo et attaqua
les redoutes qui défendent l’approche du camp retranché de Ceva.
8 000 Piémontais les défendaient. Les colonnes commandées par
les généraux Beyrand et Joubert se battirent tout le jour et se
rendirent maîtres du plus grand nombre. L’ennemi a perdu trois à
quatre cents hommes. Notre perte est de cent cinquante hommes tués
ou blessés ; parmi les morts se trouve le chef de la 39<sup>e</sup>
demi-brigade.</p><p>L’ennemi craignit d’être tourné par
Castellino ; il évacua la nuit le camp retranché. À la pointe
du jour, le général Sérurier entra dans la ville de Ceva, et l’on
investit la citadelle. Nous avons trouvé dans la ville de Ceva
quelques ressources pour nos subsistances.</p><p>L’armée piémontaise, chassée de Ceva, prit
des positions au confluent de la Corsaglia et du Tanaro, ayant sa
droite appuyée sur Notre-Dame de Vico et son centre sur la Bicoque[^2].
Le 1<sup>er</sup> floréal[^3],
le général Sérurier attaqua la droite de l’ennemi par le village
de Saint-Michel[^4] ;
il passa le pont sous le feu des ennemis, les obligea, après trois
heures de combat, à évacuer le village ; mais le Tanaro
n’étant point guéable, la division qui devait attaquer la gauche
de l’ennemi ne put l’inquiéter que par des tirailleurs. L’ennemi
se renforça sur sa droite. Plusieurs soldats s’étaient arrêtés
dans le village pour piller, et avaient, par là, commencé le
désordre ; ce qui décida le général Sérurier à la
retraite, qu’il fit dans le meilleur ordre. Chacun, à la nuit, se
trouva dans ses positions. Notre perte s’évalue à cent cinquante
hommes, parmi lesquels cinquante prisonniers ; celle de l’ennemi
doit être à peu près égale, à l’exception que nous n’avons
pas fait de prisonniers.</p><p>La position de l’ennemi était formidable,
environnée de deux rivières profondes et torrentueuses ; il
avait coupé tous les ponts et avait garni leurs bords de fortes
batteries. Nous passâmes la journée du 2[^5]
à faire des dispositions et à chercher réciproquement, par de
fausses manœuvres, à cacher nos véritables intentions.</p><p>À deux heures après minuit[^6],
le général Masséna passa le Tanaro près de Ceva, et vint occuper
le village de Lesegno. Les généraux de brigade Guieu[^7]
et Fiorella[^8]
s’emparèrent du pont de la Torre. Mon projet était de me porter
sur Mondovi et d’obliger l’ennemi à changer de champ de
bataille. Cependant le général Colli, craignant l’issue d’un
combat qui eût été décisif sur une ligne aussi étendue, se mit,
dès deux heures après minuit, en pleine retraite, évacua toute son
artillerie, et prit le chemin de Mondovi. À la pointe du jour, les
deux armées s’aperçurent : le combat commença dans le village de
Vico[^9]
avec la plus grande opiniâtreté. Le général Guieu se porta sur la
gauche de Mondovi ; les généraux Fiorella et Dommartin
attaquèrent et prirent la redoute qui couvrait le centre de
l’ennemi ; dès lors l’armée sarde abandonna le champ de
bataille ; le soir même nous entrâmes dans Mondovi[^10].</p><p>L’ennemi a perdu dix-huit cents hommes, dont
treize cents prisonniers. Un général piémontais a été tué et
trois sont prisonniers, savoir : le lieutenant général comte de
Leire, le comte de Flaye, colonel des gardes du roi de Sardaigne, M.
Statler, colonel propriétaire du régiment de ce nom, et quatre
autres colonels, onze drapeaux et huit pièces de canon, dont deux
obusiers, et quinze caissons. Notre perte s’élève à deux cents
hommes tués ou blessés. Les généraux, officiers et soldats ont
parfaitement fait leur devoir. Le général Despinoy a rendu de
grands services, ainsi que le général divisionnaire Berthier, chef
de l’état-major, chez qui les talents égalent l’activité, le
patriotisme et le courage.</p><p>Toute l’armée regrette, avec raison, le général
Stengel, blessé mortellement en chargeant à la tête d’un de ses
régiments de cavalerie.</p><p>Le 20<sup>e</sup> régiment de dragons, à la tête
duquel a chargé le citoyen Murat, mon aide de camp, chef de brigade,
s’est distingué.[^11]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3>
[^1]: En réalité le 28 (16 avril).
[^2]: Hauteur sur laquelle a été élevée une chapelle.
[^3]: En réalité le 30 (18 avril).
[^4]: En italien San Michele Mondovi.
[^5]: <span></span>En réalité le 1<sup>er</sup>floréal (20 avril).
[^6]: <span></span>Dans la nuit du 1<sup>er</sup>au 2 floréal.
[^7]: Jean Joseph Guieu (1758-1817), général de brigade (1795), il sert
à l’armée d’Italie.
[^8]: <span></span><a class="sdfootnotesym" href="#sdfootnote369anc" name="sdfootnote369sym">0</a>Pascal-Antoine Fiorella (1752-1818), ce natif d’Ajaccio sert en
Italie à partir de 1794. Nommé général de brigade en décembre
1795, il est placé à la suite de l’état-major général (avril
1796). Il sert ensuite sous Sérurier et Vaubois et participe à
l’expédition de Livourne. Il commande la division Sérurier à
Castiglione, jusqu’à son remplacement par Sahuguet. Il rejoint la
division Vaubois dans laquelle il est fait prisonnier par les
Autrichiens en novembre, puis échangé. En 1797, il sert
successivement dans les divisions Victor, Sérurier et Bernadotte
avant d’être nommé général de division de la République
cisalpine et commandant des troupes françaises et italiennes en
Lombardie (août 1797).
[^9]: Aujourd’hui Vicoforte.
[^10]: Le 2 floréal (21 avril).
[^11]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée
par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 203, d’après le
dépôt de la Guerre.</body> |
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