CG7-15786.md

identifiantCG7-15786.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1807/05/30 00:00
titreNapoléon au maréchal Brune, commandant le corps d’observation de la Grande Armée
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG7</i> - 15786. - </b>Au maréchal Brune, commandant le corps d’observation de la Grande Armée</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Finkenstein, 30 mai 1807</h2><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Votre corps d'observation doit être composé de troupes hollandaises, de troupes espagnoles, de troupes de la Confédération et de troupes françaises.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Les troupes hollandaises, par les derniers ordres que vient de vous envoyer le major général<sup>[^1]</sup>, doivent avoir leur gauche à Cœverden, leur centre à Hambourg et leur droite sur la Peene.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Les troupes espagnoles arrivent en Hanovre le 10 juin, du moins la division qui était en Étrurie<sup>[^2]</sup>. Les deux autres divisions espagnoles arriveront dans le courant de juillet<sup>[^3]</sup>. Cette division d'Étrurie a besoin de se reposer en Hanovre. En cas d'événement, vous avez donc cette division forte de 5 000 hommes, dont 800 chevaux, que vous pouvez porter sur Hambourg, sur la Hollande ou sur Stralsund.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Les troupes françaises consistent dans la division Boudet et dans la division Molitor. La division Boudet doit être, à l'heure qu'il est, à Stettin. Je vous envoie l'ordre pour qu'elle soit placée entre Stettin et Kolberg, et pour qu'elle ait un régiment à Kolberg, qui renforce l'armée de siège.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">La division Loison<sup>[^4]</sup> est sous vos ordres ; c'est à vous à protéger le siège. Je ne désire pas que vous vous y rendiez, parce que vous seriez trop loin des renseignements dont vous devez avoir besoin, et qu'un courrier, qui serait intercepté par les partisans, entre Kolberg et Stettin, pourrait porter un retard très préjudiciable dans vos mouvements. Mais vous devez vous faire rendre un compte fréquent de ce siège.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Il faut exiger avant tout que le général Loison cerne la place, s'empare de l'embouchure du port, et ouvre même, s'il le faut, la tranchée vis-à-vis la redoute que l'ennemi a faite pour défendre cette entrée. Une fois que nous serons maîtres de cette position, l'ennemi ne pourra plus communiquer avec la mer, et la reddition de la place sera fort avancée.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">De votre position de Stettin, il vous sera très facile de presser le départ des équipages de siège, d'employer la cavalerie hollandaise qui est sous vos ordres et le régiment d'Arenberg à bien appuyer les derrières de Loison, de manière que le millier d'hommes qu'il emploie à fourrager et à recueillir et escorter ses approvisionnements y soit remplacé.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Le régiment de Nassau se rend devant Kolberg.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Le général Loison a aujourd'hui 7 500 hommes. Le régiment français de la division Boudet et le régiment de Nassau augmentent ses forces de 3 500 hommes, il aura donc 10 à 11 000 hommes ; c'est plus que suffisant pour ce siège.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Les deux régiments de la division Boudet, placés en échelons, pourront accourir devant Kolberg, si l'ennemi tente de débarquer 5 à 6 000 hommes.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Mais je ne désire pas que, pour les travaux du siège, vous disposiez de plus d'un régiment de cette division, parce que le mauvais air qu'on respire dans les environs de Kolberg fera probablement beaucoup souffrir les troupes. Si donc vous pensiez que, pour pousser le siège, il fallût plus de monde, vous pourriez disposer de 8 ou 900 Hollandais parmi ceux dont vous seriez le plus sûr.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Rendez-moi fréquemment compte de ce siège ; écrivez tous les jours au général Loison, et poussez-le vivement.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">La division Molitor restera à Berlin, prête, selon les événements, à se porter sur la Peene, sur Kolberg, sur Hambourg ou sur la Silésie.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Enfin les troupes de la Confédération consistent en 6 000 Bavarois, 2 ou 3 000 Wurtembergeois et 3 000 hommes des autres petits princes ; tout cela commence à se mettre en mouvement. La 1<sup>ère</sup> brigade bavaroise de 3 000 hommes doit même être arrivée à Magdeburg ; là, elle sera à portée de se rendre sur l'Elbe avec les Espagnols ou les Hollandais, et de se porter partout ailleurs, selon les événements. Mais, comme les Anglais sont instruits de toutes ces dispositions, je doute qu'ils hasardent rien.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">J'espère que vous vous serez arrangé avec les Suédois. D'ailleurs, avec les forces que vous avez, vous pourriez, en cas d'hostilités, prendre une bonne position en Poméranie, vivre aux dépens de cette province, et continuer à suivre vos dispositions contre Kolberg. Ayez de grandes honnêtetés pour les Suédois ; évitez de parler du Roi<sup>[^5]</sup>, dont on ne peut dire que du mal, et dès lors il vaut mieux se taire. Faites un grand éloge et dites beaucoup de bien de la nation. Mais, comme on ne peut pas compter sur le roi de Suède, il est possible que, d'un jour à l'autre, ce soit par-là que les Anglais tentent de débarquer. Étudiez donc bien la position de la Peene et de la Trebel, afin qu'en cas d'événements vous ayez tous vos plans faits, toutes vos positions reconnues, et que vous puissiez couvrir Berlin et Stettin.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">S'il était vrai que la petite place de Rostock fût facile à mettre à l'abri d'un coup de main et même à mettre en état de soutenir un siège, peut-être serait-il convenable d'y faire travailler. Si l'on pouvait en faire autant à Demmin, ce ne pourrait être qu'avantageux, puisqu'alors vos magasins et vos ambulances renfermés dans ces places ne courraient aucun risque.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Visitez vous-même les îles de Wollin et d'Usedom, et faites pratiquer à Wollin quelques ouvrages en terre qui couvrent le siège de Kolberg de ce côté. Faites élever des batteries qui ferment les passes aux chaloupes canonnières suédoises et aux bâtiments ennemis.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Votre armée d'observation est considérable, puisque, lorsque tout sera réuni, vous aurez, y compris la division Loison, plus de 60 000 hommes d'infanterie et près de 6 000 hommes de cavalerie, et qu'enfin votre cavalerie va encore être augmentée par l'arrivée du 14<sup>e</sup> régiment de chasseurs français, par celle du régiment des dragons Napoléon, qui arrive d'Italie. Vous avez en outre plusieurs bataillons d'élite italiens qui arrivent d'Italie.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Indépendamment de ce, les places de Hameln, Magdeburg, Stettin, Spandau, Küstrin, vont avoir des bataillons provisoires de garnison, formant 7 à 8 000 Français qu'on habillera là.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Vous sentez que tant de forces réunies, que je laisse ainsi sur mes derrières, n'ont pas seulement pour but de tenir en échec les Anglais et les Suédois, mais aussi de pouvoir être portées rap<i>idem</i>ent en Silésie et en Galicie, si l'Autriche faisait la folie de se déclarer ; ce que, jusqu'à cette heure, elle proteste ne vouloir pas faire. Cette armée serait alors augmentée de 20 000 Polonais et des 20 000 hommes que j'ai en Silésie, qui me mettraient à même, sans affaiblir ma Grande Armée, d'opposer 100 000 hommes à la Maison d'Autriche. Il faut donc tenir toutes ces troupes le plus reposées possible et leur faire faire le moins de marches qu'on pourra. N'en disposez qu'en cas d'événements, parce que moi seul je puis, tous les jours, selon les événements généraux, les remuer.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Il faut aussi que votre commandant d'artillerie<sup>[^6]</sup> s'occupe sérieusement des moyens d'augmenter votre artillerie. Les divisions Boudet et Molitor n'ont que 16 pièces de canon. C'est la moitié de ce qu'il leur faudrait. Je ne sais pas ce qu'ont les Espagnols. Les Bavarois auront 12 pièces. La division italienne a 12 pièces. Je ne sais pas ce que les Hollandais peuvent avoir en artillerie. Je ne vous vois donc, jusqu'à cette heure, qu'une cinquantaine de pièces de canon ; il vous en faut un bien plus grand nombre. Vous devez vous occuper sans relâche de cet objet. Neuf pièces de canon attelées, servies par des Italiens, m'arrivent d'Italie ; 500 chevaux du train avec leurs charretiers m'arrivent également d'Italie ; ils seront pour doubler l'artillerie des divisions Boudet et Molitor. Tâchez de renforcer aussi l'artillerie des Hollandais, afin que vous puissiez avoir, vers juillet, une centaine de pièces de canon à votre corps d'observation.</font></p><p style="font-variant: normal"><font size="3" style="font-size: 12pt">Occupez-vous aussi de composer votre état-major, afin qu'en cas d'événements vous puissiez faire une bonne guerre.<sup>[^7]</sup></font></p><p style="font-variant: small-caps"><br/> </p> [^1]: Berthier. [^2]: La division O’Farill. [^3]: Ces divisions rassemblées formeront le corps La Romana. [^4]: Il dirige le siège de Kolberg. [^5]: Gustave IV Adolphe. [^6]: Lacombe-Saint-Michel. [^7]: Minute, Archives nationales, AF IV 873, mai 1807, n° 279.</body>