CG1-0503.md

identifiantCG1-0503.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1796/04/16 00:00
titreNapoléon au Directoire exécutif
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 503. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Carcare, [27[^1]] germinal an IV [16 avril 1796]</h2><p style="background: #ffffff"><br/> </p><p>Je vous ai rendu compte que la campagne avait été ouverte le 20 du mois, et je vous ai instruits de la victoire signalée que notre armée française a remportée aux champs de Montenotte ; j’ai aujourd’hui à vous rendre compte de la bataille de Millesimo.</p><p>Après la bataille de Montenotte, je transportai mon quartier général à Carcare ; j’ordonnai au général divisionnaire Laharpe de se porter sur Sassello, pour menacer d’enlever les huit bataillons que l’ennemi avait dans cette ville, et de se porter le lendemain, par une marche rapide et cachée, dans la ville de Cairo. Le général Masséna se porta avec sa division sur les hauteurs de Dego. Le général divisionnaire Augereau, qui était en marche depuis deux jours avec la 69<sup>e</sup> et la 39<sup>e</sup> demi-brigade, bivouaqua dans la plaine de Carcare. Le général de brigade Ménard occupa les hauteurs de Biestro. Le général de brigade Joubert, avec la 1<sup>re</sup> demi-brigade d’infanterie légère, occupa la position intéressante de Sainte-Marguerite.</p><p>Le 24, à la pointe du jour, le général Augereau, avec sa division, força les gorges de Millesimo, dans le temps que les généraux Ménard et Joubert chassèrent l’ennemi de toutes les positions environnantes, enveloppèrent, par une manœuvre prompte et hardie, un corps de quinze cents grenadiers[^2] autrichiens, à la tête desquels se trouvait le lieutenant général Provera, chevalier de l’ordre de Marie-Thérèse, qui, loin de poser les armes et de se rendre prisonnier de guerre, se retira sur le sommet de la montagne de Cosseria et se retrancha dans les ruines d’un vieux château extrêmement fort par sa position[^3].</p><p>Le général Augereau fit avancer son artillerie ; l’on se canonna pendant plusieurs heures. À onze heures du matin, ennuyé de voir ma marche arrêtée par une poignée d’hommes, je fis sommer le général Provera de se rendre. Le général Provera demanda à me parler ; mais une canonnade vive, qui s’engageait vers ma droite, m’obligea à m’y transporter. Il parlementa avec le général Augereau pendant plusieurs heures ; mais les conditions qu’il voulait obtenir n’étant point raisonnables, et la nuit approchant, le général Augereau fit former quatre colonnes et marcha sur le château de Cosseria. Déjà l’intrépide général de brigade Joubert, grenadier par le courage et bon général par ses connaissances et ses talents militaires, avait passé avec sept hommes dans les retranchements de l’ennemi ; mais, frappé à la tête, il fut renversé par terre ; ses soldats le crurent mort, et le mouvement de sa colonne se ralentit : sa blessure n’est pas dangereuse.</p><p>La seconde colonne, commandée par le général Banel[^4], marchait avec un silence morne et armes sur le bras, lorsque ce brave général fut tué au pied des retranchements ennemis.</p><p>La troisième colonne, commandée par l’adjudant général Quesnin[^5], fut également déconcertée dans sa marche, une balle ayant tué cet officier général. Toute l’armée a vivement regretté la perte de ces deux braves officiers.</p><p>La nuit, qui arriva sur ces entrefaites, me fit craindre que l’ennemi ne cherchât à se faire jour l’épée à la main. Je fis réunir tous les bataillons et je fis faire des épaulements en tonneaux et des batteries d’obusiers à demi-portée de fusil.</p><p>Le 25, à la pointe du jour, l’armée sarde et autrichienne et l’armée française se trouvèrent en présence. Ma gauche, commandée par le général Augereau, tenait bloqué le général Provera. Plusieurs régiments ennemis, où se trouvait, entre autres, le régiment Belgiojoso, essayèrent de percer mon centre. Le général de brigade Ménard[^6] les repoussa vivement. Je lui ordonnai aussitôt de se replier sur ma droite, et avant une heure après-midi, le général Masséna déborda la gauche de l’ennemi, qui occupait avec de forts retranchements et de vigoureuses batteries le village de Dego. Nous poussâmes nos troupes légères jusqu’au chemin de Dego à Spigno. Le général Laharpe marcha avec sa division sur trois colonnes serrées en masse ; celle de gauche, commandée par le général Causse, passa la Bormida sous le feu de l’ennemi, ayant de l’eau jusqu’au milieu du corps, et attaqua l’aile gauche de l’ennemi par la droite. Le général Cervoni, à la tête de la seconde colonne, traversa aussi la Bormida sous la protection d’une de nos batteries, et marcha droit aux ennemis.</p><p>La troisième colonne, commandée par l’adjudant général Boyer[^7], tourna un ravin et coupa la retraite à l’ennemi. Tous ces mouvements, secondés par l’intrépidité des troupes et les talents des différents généraux remplirent le but qu’on en attendait. Le sang-froid est le résultat du courage, et le courage est l’apanage de tous les Français.</p><p>L’ennemi, enveloppé de tous les côtés, n’eut pas le temps de capituler ; nos colonnes y semèrent la mort, l’épouvante et la fuite.</p><p>Pendant que sur notre droite nous faisions les dispositions pour l’attaque de la gauche de l’ennemi, le général Provera, avec le corps de troupes qu’il commandait à Cosseria, se rendit prisonnier de guerre[^8].</p><p>Nos troupes s’acharnèrent de tous côtés à la poursuite de l’ennemi. Le général Laharpe se mit à la tête de quatre escadrons de cavalerie et les poursuivit vivement.</p><p>Nous avons, dans cette célèbre journée, fait de sept à neuf mille prisonniers, parmi lesquels un lieutenant général, vingt ou trente colonels ou lieutenants-colonels et presque en entier les régiments suivants :</p><p>Corps francs : trois compagnies de Croates, un bataillon de Pellegrini, Stein, Wilhem Schrœder, Teutsch ;</p><p>Quatre compagnies d’artillerie ; plusieurs officiers supérieurs du génie au service de l’Empereur ;</p><p>Et les régiments de Montferrat, de la Marine, de Suse, et quatre compagnies de grenadiers au service du roi de Sardaigne ;</p><p>Vingt-deux pièces de canon avec les caissons et tous les attelages, et quinze drapeaux.</p><p>L’ennemi a eu de deux mille à deux mille cinq cents hommes tués[^9], parmi lesquels un aide de camp colonel du roi de Sardaigne[^10].</p><p>Notre perte se monte à quatre cents hommes tués ou blessés. Le citoyen Reille[^11], aide de camp du général Masséna, a eu un cheval tué sous lui, et le fils du général Laharpe[^12] a eu son cheval blessé.</p><p>Je vous ferai part le plus tôt qu’il sera possible, et lorsque j’aurai reçu les rapports, des détails de cette affaire glorieuse et des hommes qui se sont particulièrement distingués ; mais, comme je prévois que j’aurai encore une nouvelle bataille avant peu de jours, je vous demande provisoirement le grade de général de brigade pour le citoyen Rampon, chef de la 21<sup>e</sup> demi-brigade. Le chef de brigade de la 39<sup>e</sup> ayant été tué[^13], j’ai nommé, pour le remplacer, le citoyen Lannes[^14], chef de brigade à la suite.</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3><p>Je vous enverrai incessamment les drapeaux par un officier[^15].[^16]</p><p><br/> </p> [^1]: <span></span>La<i>Correspondance</i>(n° 165) et l’expédition datent cette lettre du 15 avril 1796. Nous l’avons placée à la journée du 16 car elle contient une information sur un événement (la mort du chef de brigade Bellet) qui a eu lieu ce jour-là. La position de cette information en fin de lettre laisse penser qu’elle fut commencée le 15 et terminée le 16. [^2]: « hommes » rayé et remplacé per « grenadiers ». [^3]: Au sommet d’une hauteur en « pain de sucre ». [^4]: Pierre Banel (1766-1796), général de brigade (1795), tué à Cosseria, le 14 avril 1796. [^5]: Quesnin [ou Quénin], adjudant général à l’armée d’Italie, tué au combat de Cosseria, le 14 avril 1796. [^6]: Philippe Romain Ménard ou Mesnard (1750-1810), général de brigade (1795), il participe à la campagne d’Italie. [^7]: <span></span>Pierre François Joseph Boyer (1772-1851), ancien aide de camp de Schérer, adjudant général chef de bataillon (1794), chef d’état-major de la division Laharpe le 26 mars 1796, à l’état-major général en juin puis à la division Augereau en décembre, il commande un temps la 4<sup>e</sup>demi brigade de ligne. En 1797, il devient successivement le chef d’état-major d’Augereau, de Guieu puis de la division de cavalerie de Kilmaine. [^8]: Contre l’avis de Bonaparte, Augereau a accordé un cartel aux officiers qui peuvent rentrer dans leurs foyers moyennant la promesse de ne plus combattre en Italie. [^9]: En réalité, 150 Austro-Sardes ont tués au château de Cosseria. [^10]: Le colonel Filippo del Carretto (1758-1796), officier sarde ayant appris l’art militaire en Prusse, adjudant du camp du roi (1795), nommé colonel le 5 avril 1796, il est tué devant Cosseria, dix jours plus tard . [^11]: Honoré Charles Michel Joseph Reille (1775-1860), lieutenant puis capitaine à l’armée d’Italie, aide de camp de Masséna. [^12]: C’est ainsi que l’on surnomme le général Dallemagne qui a été formé par Laharpe. [^13]: Le chef de brigade Bellet, tué devant Ceva le 16 avril. [^14]: <span></span><a class="sdfootnotesym" href="#sdfootnote324anc" name="sdfootnote324sym">0</a>Jean Lannes, 1769-1809, chef de demi-brigade au début de la campagne d’Italie, nommé général de brigade à titre provisoire par Bonaparte en septembre 1796 (confirmé en mars 1797), envoyé ensuite en mission diplomatique auprès du Saint-Siège. [^15]: Junot. [^16]: Expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 99, fol. 31.</body>
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