| identifiant | CG1-0463.md |
|---|---|
| fait partie de | correspondance |
| est validé | oui |
| date | 1796/04/06 00:00 |
| titre | Napoléon au Directoire exécutif |
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 463. - </b>Au Directoire exécutif</h1><p><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Albenga, 17 germinal an IV [6 avril 1796]</h2><p><br/> </p><p>J’ai transféré le quartier général de l’armée à Albenga. Le mouvement que j’ai trouvé commencé contre Gênes a tiré l’ennemi de ses quartiers d’hiver. Il a passé le Pô et a avancé des avant-postes à Dego, en suivant la Bormida et la Bocchetta, laissant Gavi derrière lui. Beaulieu a publié un manifeste[^1] que je vous envoie, auquel je répondrai le lendemain de la bataille. J’ai été très fâché et extrêmement mécontent de ce mouvement sur Gênes, d’autant plus déplacé qu’il a obligé cette république à prendre une figure hostile, et a réveillé l’ennemi que j’aurais surpris tranquille. Ce sont des hommes de plus qu’il nous en coûtera.</p><p>Le roi de Sardaigne[^2] se donne, de son côté, le plus grand mouvement. Il a fait une réquisition de jeunes gens depuis quinze ans. Il a condamné à être fusillés ceux qui ne rejoindraient pas, et effectivement il en a fait fusiller six à Turin.</p><p>Le général Colli[^3] a envoyé à Ormea un nommé Moulin[^4], émigré, comme parlementaire. Il a été arrêté et je le fais traduire à une commission militaire. Il n’est point de caractère qui puisse rendre sacré un fils parricide[^5].</p><p>J’ai trouvé à Oneille des marbres qui sont évalués à quelque argent.</p><p>J’ai ordonné que l’on en fasse l’estimation et qu’on les mette à l’enchère dans la Rivière de Gênes ; cela pourra nous donner une somme de trente à quarante mille livres.</p><p>La maison Flachat qui a l’entreprise des grains, et la maison Collot qui a la viande, se conduisent bien[^6] ; ils nous donnent de très bon grain, et le soldat commence à avoir de la viande fraîche. L’armée est dans un dénuement à faire peur[^7]. J’ai encore de grands obstacles à surmonter, mais ils sont surmontables. La misère y a autorisé l’indiscipline, et sans discipline point de victoire. J’espère que cela s’arrangera promptement ; déjà tout change de face. Sous peu de jours nous serons aux mains. J’ai fait faire avant-hier une reconnaissance vers Cairo ; les avant-postes des ennemis ont tous été culbutés, nous leur avons fait quelques prisonniers.</p><p>L’armée piémontaise est forte de quarante mille hommes d’infanterie et de cinq mille de cavalerie.</p><p>Celle des Autrichiens est forte de trente-quatre mille hommes d’infanterie et trois mille de cavalerie.</p><p>Je n’ai de disponible que quarante-cinq mille hommes, tout compris ; on m’a retenu beaucoup de troupes sur les derrières et au-delà du Rhône.</p><p>Chauvet, ordonnateur en chef, est mort à Gênes[^8] ; c’est une perte réelle pour l’armée ; il était actif, entreprenant. L’armée a donné une larme à sa mémoire.[^9]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3> [^1]: Le général autrichien y promet de ne pas s’en prendre à Gênes. Cette république n’a pas besoin de ces assurances, ses dirigeants étant animés de sentiments hostiles à la France révolutionnaire. Début mars 1796, par exemple, ils ont refusé un emprunt dont le Directoire avait le plus grand besoin. [^2]: Victor-Amédée III. [^3]: Michelangelo Alessandro Colli ou Colli-Marchi ou Colli-Marchini (1738-1808), vétéran de la guerre de Sept-Ans, Feld-maréchal-lieutenant dans l’armée autrichienne, détaché auprès du roi de Sardaigne dont il commande l’armée à partir de 1793 jusqu’à la paix avec la France, il passe ensuite au service du pape puis de Naples. [^4]: Jean-Joseph Moulin, déserteur français au service du roi de Sardaigne et de ce fait considéré comme émigré, il est arrêté le 4 avril 1796 par Sérurier, alors même qu’il est en mission officielle. [^5]: Le Directoire empêchera de justesse l’exécution de Moulin. [^6]: Voir pourtant ci-dessous, n° 992. [^7]: La ration quotidienne de pain a été réduite de 28 à 24 onces. Les régions montagneuses traversées au début de la campagne sont pauvres. [^8]: Le 2 avril. [^9]: Expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 99, fol. 28.</body> |