| identifiant | CG1-0461.md |
|---|---|
| fait partie de | correspondance |
| est validé | oui |
| date | 1796/04/05 00:00 |
| titre | Napoléon à Joséphine |
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 461. - </b>À Joséphine</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Albenga, le 16 germinal an IV [5 avril 1796]</h2><p style="background: #ffffff"><br/> </p><p>Il est une heure après minuit. L’on m’apporte une lettre. Elle est triste ; mon âme en est affectée. C’est la mort de Chauvet[^1]. Il était commissaire ordonnateur en chef de l’armée. Tu l’as vu chez Barras quelquefois. Mon amie, je sens le besoin d’être consolé. C’est en t’écrivant à toi seule, dont la pensée peut tant influer sur la situation morale de mes idées, à qui il faut que j’épanche mes peines. Qu’est-ce que l’avenir ? Qu’est-ce que le passé ? Qu’est-ce que nous ? Quel fluide magique nous environne et nous cache les choses qu’il nous importe le plus de connaître ? Nous naissons, nous vivons, nous mourons au milieu du merveilleux. Est-il étonnant que les prêtres, les astrologues, les charlatans aient profité de ce penchant, de cette circonstance singulière pour promener nos idées et les diriger au gré de leurs passions ?</p><p>Chauvet est mort. Il m’était attaché. Il eût rendu à la patrie des services essentiels. Son dernier [mot[^2]] a été qu’il partait pour me joindre. Mais oui. Je vois son ombre, il erre dans l’appartement, il siffle dans l’air ; son âme est dans les nuages ; il sera préposé à mon destin.</p><p>Mais, insensé, je verse des larmes sur l’amitié ; et qui me dit que déjà je n’en aie à verser d’irréparables ? Ame de mon existence, écris-moi tous les courriers ; je ne saurais vivre autrement. Je suis ici très occupé. Beaulieu remue son armée[^3]. Nous sommes en présence.</p><p>Je suis un peu fatigué. Je suis tous les jours à cheval.</p><p>Adieu, adieu, adieu. Je vais dormir ; car le sommeil me console. Il te place à mes côtés ; je te serre dans mes bras ; mais au réveil, hélas ! je me trouve à trois cents lieues de toi. Bien des choses à Barras, à Tallien et à sa femme.[^4]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>B.P.</i></h3><p><br/> </p> [^1]: Chauvet, ordonnateur en chef de l’armée d’Italie, venait de mourir à Gênes. [^2]: On pourrait lire : « parti ». [^3]: <span></span>Commencée formellement le 1<sup>er</sup>avril, la campagne d’Italie entre à présent dans sa phase active. [^4]: <span></span><span lang="en-GB"> Charles Tennant, </span><span lang="en-GB"><i>A Tour through parts of the Netherlands, Holland, Germany, Switzerland, Savoy and France in the year 1821-2.., [..] also containing, in an appendix, fac-simile copies of eight letters in the hand-writing of Napoleon Bonaparte to his wife Josephine</i></span><span lang="en-GB">, London : Longman, Hurst, Rees, Orme, Brown and Green, 1824, t. II, p. 447-448.</span></body> |