CG7-14432.md

identifiantCG7-14432.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1807/02/28 00:00
titreNapoléon au maréchal Bernadotte, commandant le 1er corps de la Grande Armée
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG7</i> - 14432. - </b>Au maréchal Bernadotte, commandant le 1<sup>er</sup> corps de la Grande Armée</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Osterode, 28 février 1807, 6 heures du soir</h2><p>Mon cousin, je reçois votre lettre d’aujourd’hui sept heures du matin. Il paraît que l’ennemi fait des mouvements très loin sur notre <i>droite</i><sup>[^1]</sup>. On a vu un corps commandé par le général Tolstoï à Bischofstein, le 26. La composition de ce corps, qui est formé de deux ou trois régiments d’infanterie, de quelques escadrons de cavalerie et de beaucoup de cosaques, ferait supposer que l’ennemi pense que nous nous retirions sur Varsovie. J’ai ici 1 000 Polonais à cheval, mais qui n’ont pas de sabres ; j’en attends incessamment, j’en ai 1 000 en marche. Aussitôt que tout cela arrivera, je vous en fournirai un bon nombre, afin de faire reposer votre cavalerie légère.</p><p>Je pense que vous pouvez placer une division entière à Mühlhausen, car il faut soutenir le général Dupont. Nous vivons par Elbing, et la route de l’armée va incessamment passer par Marienburg, Dirschau, Neustettin et Stettin. Une fois qu’elle se trouvera établie, l’ennemi se trouvera déjoué. Mon intention est de déboucher par Braunsberg, où se trouve le général Dupont, si l’ennemi s’étendait trop sur notre droite.</p><p>Le général du génie<sup>[^2]</sup> vient de me mettre sous les yeux le plan de Marienburg. Il se trouve que c’est une très bonne place. On l’arme ; j’espère que, dans deux ou trois jours, elle va se trouver à l’abri d’un coup de main. On travaille au pont. De son côté, le maréchal Lefebvre travaille au pont de Dirschau. Lorsque cette communication sera établie, je compte placer le maréchal Davout à Holland, et le charger de garder les ponts de Spanden et d’Alken. Votre quartier général pourrait se placer dans la position la plus commode entre Elbing, Braunsberg et Mühlhausen, et la queue de votre corps à Mühlhausen. Une division de cuirassiers de la réserve sera prête à Elbing pour vous soutenir.</p><p>Vivant par Elbing, par Marienwerder, même par la rive gauche de la Vistule, je me trouverai dans une position à reposer mes troupes et à pouvoir, en vingt-quatre heures, saisir la première bévue que fera l’ennemi pour le détruire. Braunsberg et Frauenburg sont des villes de ressources, et le général Dupont doit se trouver là très bien. Faites-moi connaître ce que c’est que Mühlhausen, et où vous placerez votre quartier général. Peut-être porterai-je le mien à Elbing.</p><p>Le maréchal Ney a quitté Guttstadt trop légèrement. Il a cru l’ennemi en mesure, et il n’avait devant lui que quelques milliers de Prussiens et quelques bataillons d’infanterie légère russes. Mais aujourd’hui il s’est reporté en avant. Dans ce moment, sa gauche est appuyée à Deppen. Il va réoccuper Guttstadt comme avant-poste, et la rive gauche de l’Alle. J’attends aussi que la communication de l’île de Nogat soit établie pour assigner une petite ville sur la rive gauche à chaque corps d’armée pour son dépôt.</p><p>Témoignez ma satisfaction au 2<sup>e</sup> régiment de hussards, et faites connaître que j’ai vu avec plaisir la belle conduite des troupes du général Dupont à Braunsberg. Si Braunsberg est susceptible de quelques fortifications, c’est le cas de remuer de la terre ; cela peut avoir des avantages sous le point de vue de la défense, et aussi parce que cela fait comprendre à l’ennemi que le parti est pris et qu’il faut de fortes affaires avant de nous sortir d’ici.</p><p>Faites faire la reconnaissance depuis Braunsberg jusqu’au pont d’Alken. De quelle nature est-ce terrain ? Je n’y vois plus de routes transversales. Il paraît qu’il n’y a plus de pont. Indépendamment des ressources d’Elbing, aidez-vous de Mühlhausen ; faites faire même quelques fours, et ramassez du blé et de la farine. Mais, comme pour tous ces objets il faut encore trois ou quatre jours, si nous étions attaqués en grande force d’ici à ce temps, il faudrait toujours se rassembler, selon la première instruction, à Osterode, où je commence à former quelques magasins d’eau-de-vie et de pain.</p><p>Faites venir votre parc de réserve ; un seul approvisionnement n’est rien. Vingt-huit pièces de campagne pour un corps comme le vôtre, c’est trop peu ; il vous en faut au moins quarante pièces. Je conçois que vous avez dû chercher à vous alléger, lorsque vous étiez détaché ; aujourd’hui cet allègement n’est pas si nécessaire.</p><p>Faites-moi connaître si l’infanterie russe que vous aviez à Braunsberg était de l’infanterie légère ou de ligne. Faites interroger sur la force des compagnies, c’est à peu près tout ce que sait le soldat. Ce renseignement sert d’élément pour le calcul du reste, car je connais très bien le nombre de leurs corps et leur formation.<sup>[^3]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Nap</i></h3><p><br/> </p> [^1]: <span></span> Le mot « <i>gauche</i> » a été rayé par Napoléon et remplacé par « <i>droite</i> ». [^2]: Chasseloup-Laubat. [^3]: Expédition, Archives nationales de Suède, fonds Bernadotte. Note sur la minute (Archives nationales, AF IV 872, février 1807, n° 189) : « Portée par un Polonais ».</body>