CG7-14430.md

identifiantCG7-14430.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1807/02/27 00:00
titreNapoléon au maréchal Soult, commandant du 4e corps de la Grande Armée
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG7</i> - 14430. - </b>Au maréchal Soult, commandant du 4<sup>e</sup> corps de la Grande Armée</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Osterode, 27 février 1807, 4 heures et demie du soir </h2><p>Mon cousin, le général baron de Korff et son aide de camp, qui ont été pris au combat d’hier<sup>[^1]</sup>, viennent d’arriver au quartier général. J’ai interrogé l’un et l’autre séparément assez longuement. Il en résulte que ce général commandait cinq régiments de chasseurs et n’avait cependant que 1 500 hommes sous les armes ; qu’il se plaint beaucoup de la mauvaise conduite de son infanterie ; qu’il paraît que les Russes sont comme nous, qu’ils n’ont pas mangé depuis plusieurs jours ; qu’il fait partie de l’avant-garde que commande Platov<sup>[^2]</sup>, et dont le quartier général était hier à Landsberg ; qu’il croit toujours le grand quartier général à Kreuzburg ; que cette avant-garde est composée de trois brigades sous les ordres de trois généraux-majors, formant à peu près 4 à 5 000 hommes d’infanterie ; que, comme il formait la gauche, il est probable que vous en avez une devant vous.</p><p>Je suis dans l’opinion que, si la division Klein vous est arrivée, et que vous puissiez réunir 6 000 hommes demain avant le jour, en ne vous servant de ces troupes que comme réserve et ne faisant donner qu’une petite colonne, vous pourriez très bien enlever demain un bataillon, faire des prisonniers et avoir des nouvelles positives de ce qu’il y a à Mehlsack. Ce général a dit positivement : « L’Empereur<sup>[^3]</sup> ne sait pas qu’il n’a plus d’armée, tant elle est délabrée et affaiblie. »</p><p>Mais il faudrait avoir bien connu le local et attaquer avant le jour. Ils se gardent extrêmement mal. Vous sentez combien il serait précieux de faire quelques prisonniers de marque et de bon sens. Vous ne manquerez pas de réunir une vingtaine de canons, que vous placerez en deçà de la Passarge pour servir de protection et rallier vos troupes, en cas qu’il y ait plus de forces qu’on ne peut le penser. Autant que je puis conjecturer, les Russes ont mis en avant les Prussiens avec leur avant-garde d’infanterie légère<sup>[^4]</sup> ; s’il était vrai que vous n’eussiez pas plus de 15 à 1800 hommes d’infanterie russe devant vous, vous pourriez les culbuter. D’ailleurs, le jour venant sur ces entrefaites, vous seriez toujours maître de vous replier sur votre batterie.</p><p>Vous devez regarder ceci comme un conseil, et non comme un ordre, puisque tous les indices que vous aurez reçus dans la journée, avec ceux que je vous donne là, vous mettront à même d’avoir une idée. Envoyez auprès du prince de Pontecorvo un aide de camp, qui pourra retourner dans la nuit, pour recueillir les renseignements qu’on a eus à Braunsberg. Vous êtes trop loin de Braunsberg pour pouvoir y envoyer un officier, ce qui serait encore le plus sûr. Informez-vous surtout avec soin si les régiments russes qui se trouvaient à Braunsberg hier étaient des chasseurs ou des troupes de ligne.</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p><br/> </p><p>Au moment même, quatre heures et demie du soir, je reçois votre lettre, partie ce matin à dix heures, où je vois que vous croyez avoir des Prussiens en face ; ce qui confirme l’idée générale que j’ai de ce qui se passe. Si le maréchal Ney a effectivement évacué Guttstadt, je lui envoie l’ordre d’envoyer toute la division Lasalle et une brigade à Deppen. D’ailleurs vous avez vu que tout son corps doit être demain sous votre droite et Davout à Osterode. Je suis dans la pensée que l’ennemi n’est pas en mesure, qu’il fait des sottises. Il a déjà eu une bonne leçon à Braunsberg ; on peut lui en donner une autre. Si le maréchal Ney, au lieu d’évacuer Guttstadt, eût attaqué vigoureusement ce qu’il avait devant lui, il eût eu une brillante affaire. Il n’avait pas en face plus de 4 ou 5 000 hommes<sup>[^5]</sup>. L’armée russe est considérablement affaiblie et fatiguée ; ce qui importe d’autant plus que c’est la seule armée qu’ait la Russie. Dans le fait, les troupes d’Essen<sup>[^6]</sup> se sont fait battre du côté d’Ostrolenka ; ce sont presque toutes des recrues.</p><p>Il me tarde d’apprendre ce que c’est que cette canonnade qu’on a entendue sur la droite. Ayez toujours, sans les démasquer, plus de canons à portée que l’ennemi.<sup>[^7]</sup></p><h4 style="line-height: 100%">Napoléon</h4> [^1]: <span></span> Dans la minute (Archives nationales, AF IV 872, février 1807, n° 177) : « <i>au combat d’hier de Peterswalde</i> ». [^2]: Commandant les troupes cosaques. [^3]: Alexandre. [^4]: <span></span> Une phrase supplémentaire dans la minute : « <i>Les Prussiens sont de la canaille qui ne vont pas</i> ». [^5]: <span></span> Le 6<sup>e</sup> corps du maréchal, fort de 14 000 hommes seulement, a résisté à Guttstadt aux 70 000 Russes de Bennigsen. [^6]: <span></span> Un membre de phrase supplémentaire dans la minute : « <i>les troupes d’Essen se sont comportées comme de la canaille et se sont fait battre</i> ». Note sur la minute : « <i>portée par un aide de camp des généraux</i> ». [^7]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 11895, d’après le dépôt de la guerre (minute, Archives nationales, AF IV 872, février 1807, n° 177).</body>