CG7-14306.md

identifiantCG7-14306.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1807/02/13 00:00
titreNapoléon au général Bertrand, aide de camp de l’Empereur
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG7</i> - 14306. - </b>Au général Bertrand, aide de camp de l’Empereur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Preussisch-Eylau, 13 février 1807, 10 h. du matin</h2><p>M. le général Bertrand dira à M. de Zastrow<sup>[^1]</sup> qu’il n’a qu’à venir avec des pleins pouvoirs, lui ou tout homme qui inspire la même confiance que lui, et la paix, rendant les États du Roi jusqu’à l’Elbe, sera signée ; que la note du ministre de Russie<sup>[^2]</sup> a produit cet effet ; que l’Empereur a été peu satisfait, dans de si grandes questions, du peu d’empressement que le cabinet de Saint-Pétersbourg mettait à tirer les peuples de Prusse de la situation où ils se trouvent ;</p><p>Qu’un congrès où serait appelée l’Angleterre<sup>[^3]</sup> ne finira pas dans deux ans, et que les peuples de Prusse ne peuvent plus rester longtemps dans cet état de désorganisation et de désordre ;</p><p>Que d’ailleurs la Russie n’a rien à offrir à l’Empereur en compensation du rétablissement de la Maison de Prusse, et que celle-ci, si elle croyait redevoir sa couronne à la Russie, en conserverait un sentiment de vasselage très contraire aux intérêts de l’Empereur ; que ce n’est pas que l’Empereur se refuse à faire la paix avec la Russie ; ces deux États ont peu de chose à discuter entre eux, et quelques îles éloignées que pourrait céder l’Angleterre n’équivaudraient pas aux sentiments de gloire que pourrait à juste titre s’attirer cette nation, si, moyennant ces cessions, elle pouvait penser que c’est elle qui a rétabli la Maison de Prusse ;</p><p>Que la Prusse peut d’ailleurs se conduire comme elle voudra envers la Russie ; que Sa Majesté n’exige aucun mystère, mais qu’elle veut seule avoir la gloire de réorganiser, d’une manière ou d’autre, la nation prussienne, dont la puissance, plus ou moins forte, est nécessaire à toute l’Europe.</p><p>Il laissera entrevoir que, quant à la Pologne depuis que 1’Empereur la connaît, il n’y attache plus aucun prix.</p><p>Il laissera entrevoir que cette démarche est aigre et douce<sup>[^4]</sup> :</p><p>Que, dans la nécessité où l’Empereur croit être de rétablir la barrière entre la France et la Russie, il faut que la trône de la Prusse soit occupé par la Maison de Brandebourg ou par toute autre ; mais qu’elle sache que c’est l’Empereur seul qui, de plein gré, l’a remise sur le trône.</p><p><i>Il dira que l’on est très malheureux en Prusse et le trône de Berlin ne doit plus rester vacant, et le pays sans administration et gouvernement</i><sup>[^5]</sup>.<sup>[^6]</sup></p><p><br/> </p><p><br/> </p><p style="text-align: center; margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%"> Discours du général Bertrand au roi de Prusse, qu’il ne lui donnera pas par écrit.</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%"> <br/> </p><p>Sire, l’Empereur Napoléon m’envoie près de Votre Majesté pour lui offrir de la remettre en possession de ses États. Il veut avoir la gloire de faire finir les malheurs qui pèsent sur huit millions d’hommes. Il veut que les enfants de Votre Majesté et son peuple reconnaissent qu’il s’est porté à cette démarche par esprit de véritable gloire, par souvenir de l’amitié que Votre Majesté lui a montrée en d’autres circonstances, et enfin qu’il attache du prix à ce que son rétablissement sur son trône soit l’effet de sa politique et de son amitié<sup>[^7]</sup>. Il croit ces sentiments propres à effacer dans l’esprit de votre Maison et dans celui de vos peuples le souvenir des événements qui viennent de se passer, et à cimenter entre les deux nations une éternelle amitié, <i>que veulent leur situation et les circonstances territoriales où elles se trouvent</i><sup>[^8]</sup><i>.</i><sup>[^9]</sup></p><p><br/> </p> [^1]: Aide de camp du roi Frédéric-Guillaume III. [^2]: Budberg, ministre des Affaires étrangères. [^3]: Voir CG7-14415, et n° 14785. [^4]: Comprendre : il faut laisser prévoir au monarque prussien la possibilité d’une déchéance totale mais qu’il reste un moyen de salut en contractant une alliance. [^5]: <span></span> Le roi de Prusse refusera de se séparer de ses alliés russes.<p class="sdfootnote-western">Napoléon demeure encore sous la fâcheuse impression laissée par les résultats d’Eylau, bataille au cours de laquelle la Grande Armée – déjà très éprouvée - a frôlé le désastre. Cette nouvelle offre vise donc à séparer les Prussiens des Russes afin que Napoléon n’ait pas à se battre sur deux fronts, ou contre les deux armées réunies. À ceci s’ajoute l’incertitude sur l’attitude de l’Autriche, susceptible de prendre de flanc la Grande Armée.</p> [^6]: Minute, Archives nationales, AF IV 872, février 1807, n° 59. [^7]: Phrase biffée par Napoléon : « et non de l’intervention d’une autre puissance. » [^8]: Voir ci-dessous la lettre portée par Bertrand au roi de Prusse. [^9]: Minute, Archives nationales, AF IV 872, février 1807, annexe n° 58.</body>