CG7-14116.md

identifiantCG7-14116.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1807/01/19 00:00
titreNapoléon à Eugène, vice-roi d’Italie
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG7</i> - 14116. - </b>À Eugène, vice-roi d’Italie</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Varsovie, 19 janvier 1807</h2><p>Mon fils, le projet qu’on me propose pour Osoppo ne me satisfait pas, parce qu’il ne remplit pas les deux conditions demandées.</p><p>La première condition demandée est que 4, 5 ou 600 hommes soient suffisants pour défendre la forteresse et en protéger l’artillerie et les magasins ; mais une forteresse qui n’occuperait que le plan supérieur serait incomplète, puisqu’il n’y aurait aucune possibilité de sortie, et que l’ennemi, avec moins d’hommes qu’il n’y en aurait dans la forteresse, pourrait la bloquer. On veut qu’à la rigueur elle puisse se défendre avec 4 ou 600 hommes ; mais on veut aussi que, si on y avait 12 à 1 800 hommes, ils puissent être placés de manière à remplir leur jeu ; or, s’ils n’avaient aucune sortie, ils ne rempliraient aucun jeu. D’ailleurs, on ne croit pas que ce soit un bon système de défense que de se percher au haut du plan supérieur, de manière que le pied du rocher ne soit vu d’aucun feu.</p><p>Ainsi donc la première condition demandée est non seulement que 4 ou 500 hommes puissent se défendre, mais encore qu’ils y soient dans tout leur jeu ; et, de là, l’ordre précis donné d’éclairer par des lunettes de fortification permanente le pied de la hauteur, et par trois, quatre ou cinq batteries. On voit facilement qu’il serait impossible à l’ennemi de cheminer contre ces batteries, sous l’immense commandement et plongée que donne la hauteur. Le poste serait donc gardé toutes les fois que les quatre ou cinq batteries le seraient.</p><p>On voudrait encore que toutes ces batteries fussent disposées de manière que, si les garnisons se trouvaient d’une force raisonnable, elles pussent les lier par des chemins couverts et des ouvrages de campagne, et se pratiquer par là un couvert. On pense que trois flèches doivent remplir ce but.</p><p>La deuxième condition est qu’un corps de 4, 5 ou 6 000 hommes puisse y trouver refuge ; mais il est évident qu’en établissant trois batteries comme on vient de le dire, 5 à 6 000 hommes ne manqueraient pas de construire quelques redoutes sous ce grand commandement, et seraient là inattaquables ; et alors, enfin, rien ne les empêcherait d’occuper la hauteur qu’on propose de fortifier ; avec des moyens d’outils, d’approvisionnements et toutes les ressources qu’on trouverait dans la place, 6 000 hommes se seraient mis bientôt à l’abri de toute attaque.</p><p>Je ne veux donc point de camp retranché, parce qu’en supposant que le camp retranché pût remplir la deuxième condition, il ne remplirait pas la première, puisqu’il ne pourrait être défendu par 600 hommes. J’ai dit, en supposant qu’il remplît la deuxième condition, car il n’est pas bien prouvé que ce soit une bonne disposition militaire de placer 6 000 hommes derrière de mauvais ouvrages de campagne ; ces ouvrages ayant près de 2 000 toises de développement, ces 6 000 hommes seraient sur les dents et deviendraient peu disponibles pour des sorties.</p><p>En résumé, je réitère l’ordre de me présenter trois lunettes aux trois sommets du trilatère, au niveau du terrain ; les deux situées du côté du village le dominant cependant. Ces trois redoutes auront des communications avec le plateau supérieur, en auront entre elles par un chemin couvert, et seront tracées de manière que la prise de l’une n’influe en aucune manière sur la prise des autres. Avec 80 ou 100 000 francs, on remplirait le but qu’on se propose. Avec 3 ou 400 hommes, on placerait 200 hommes sur le plateau et 50 dans chaque lunette. Enfin, si on avait un plus grand nombre d’hommes, n’a-t-on pas un pourtour de près de 900 toises dans le chemin couvert inférieur qui communique aux trois lunettes ? N’a-t-on pas, dans la partie supérieure, 4 ou 500 toises de pourtour ? N’est-ce pas bien plus qu’il n’en faut pour contenir 5 à 6 000 hommes sans faire aucun travail ? Mais, dans ce cas-là, rien n’empêche le commandant de faire construire une redoute sur la hauteur voisine.</p><p>Le tracé ci-joint fera connaître notre idée ; c’est à l’ingénieur à la concilier avec ce qu’Osoppo a de particulier. Ce qui a porté à le fortifier, c’est que cette position originale remplit d’elle-même les deux conditions indiquées : elle peut offrir protection à une division, en contenir les magasins, et peut être défendue par une poignée d’hommes ; alors elle n’est jamais d’aucun embarras, car les places fortes sont aussi souvent très embarrassantes, affaiblissent une armée, et sont la cause de la perte d’une bataille et d’une campagne. Mais ces idées sont étrangères à cette discussion.</p><p>En résumé, il faut trois flèches qui croisent entre elles leurs feux, aux trois sommets du trilatère au niveau du terrain, ou avec un petit commandement. Si on demande qui doit défendre ces trois flèches : elles doivent être défendues par le haut du plateau. Mais on ne s’opposerait pas à ce qu’on mît une batterie intermédiaire pour les flanquer ; ce sont des détails qui dépendent des accidents du terrain.<sup>[^1]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nap</h3> [^1]: Collection Fondation Napoléon. [CG 11667] (minute, Archives nationales, AF IV 872, janvier 1807, n° 180). Extrait [catalogue de vente], Philippe Arnaud, Morssen, <i>Autographes</i>, Paris, mars 1981, n° 161 (cette lettre est passée en vente dans la même librairie en décembre 1981, n° 268). Cette lettre est repassée en vente à Paris en avril 1999 (Nathalie Demarest, <i>Autographes et documents</i>, Paris, cat. avril 1999, p. 29, n° 238).</body>