| identifiant | CG7-14047.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1807/01/13 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Lagrange, gouverneur de Hesse-Kassel |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG7</i> - 14047. - </b>Au général Lagrange, gouverneur de Hesse-Kassel</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Varsovie, 13 janvier
1807</h2><p>Je
vous envoie les détails des délits qui ont été commis dans le
pays de Hesse et dont vous ne me rendez aucun compte dans vos lettres
des 22, 24, 26 et 30 décembre et 3 janvier. Elles ne me disent rien.
Cependant vous deviez être instruit de ces faits, et vous deviez en
rendre compte.</p><p>Les
habitants d’Hersfeld<sup>[^1]</sup>
paraissent coupables. Il faut envoyer une colonne mobile de 4 000
hommes, et faire piller la ville de fond en comble pour l’insulte
qui a été faite aux 60 soldats de mes troupes. Il faut par une
proclamation ordonner de rendre les armes, et déclarer que tout
homme qui sera trouvé armé sera puni de mort.</p><p>La
ville de Vacha<sup>[^2]</sup>
est coupable. Il faut qu’elle livre les quatre principaux auteurs
de la révolte, ou qu’elle soit brûlée.</p><p>Quant
à Eschwege, qui a été le chef-lieu des rassemblements, il faut
aussi qu’elle livre les coupables, ou qu’elle soit brûlée. Il
faut enfin que, de quelque manière que ce soit, le capitaine qui a
été le chef soit pris et fusillé.</p><p>Vous
avez des forces suffisantes. Si, par une faiblesse que je ne puis
croire, vous les avez éloignées, faites-les revenir. Faites même
demander le 19<sup>e</sup> de ligne au général Loison à Münster.</p><p>Vous
avez donc deux régiments provisoires, le régiment de Paris, les
fusiliers de la Garde et un régiment italien. Le général
Thiébault<sup>[^3]</sup>
a 1 500 hommes. J’évalue ainsi que vous pouvez avoir près de
10 000 hommes. Augmentez-les, s’il est nécessaire, et
qu’enfin le pays soit désarmé. Faites cesser la manufacture
d’armes de Schmalkalden ; prenez des otages, et qu’une ville ou
quelques gros bourgs soient brûlés. Faites ôter les armes de
l’Électeur<sup>[^4]</sup>
partout où elles seraient encore ; que les officiers qui n’ont pas
pris de service soient sur-le-champ arrêtés et conduits en France.</p><p>Toutes
ces affaires ont été mal menées. Il est ridicule que les armes<sup>[^5]</sup>
aient été envoyées par les capitaines pour armer les soldats<sup>[^6]</sup>.
Mais enfin il faut que l’outrage fait à mes armes soit vengé par
le sang. Si vous n’avez pas assez de 15 000 hommes, je vous en
enverrai 20 000.</p><p>Quand
vos mesures seront bien prises, faites une proclamation. Dites que
j’ai été indigné de la conduite de telle et telle ville ;
prescrivez les hommes que chacune doit livrer sous peine d’être
brûlée. Ajoutez que la maison de l’Électeur ne règnera jamais
dans la Hesse, puisque ce qui vient de se passer est le fruit de la
mauvaise direction donnée à l’esprit public.</p><p>Pour
effrayer les malintentionnés de l’Allemagne, il faut qu’il reste
des traces visibles. C’est ainsi qu’en brûlant le gros bourg de
Binasco en l’an IV<sup>[^7]</sup>,
j’ai maintenu la tranquillité de l’Italie.</p><p>Il
ne faut pas me cacher la vérité. Faites un relevé de tous les
délits, un état des hommes qui ont été tués, et rendez-moi
compte des choses dans leur jour véritable. Il est des hommes qui se
sont bien comportés, tel que le major de Schmalkalden ;
témoignez-leur ma satisfaction.</p><p>Faites
écrire par les consistoires aux ministres qu’il arrive beaucoup de
troupes, qu’il va en arriver encore davantage, et qu’il faut, si
le peuple veut s’épargner de grands malheurs, qu’il s’exécute
et qu’il fasse connaître les auteurs de cette révolte.</p><p>Je
ne vois que faiblesse dans votre lettre du 3 janvier. Vous dites que
le capitaine Huscart a été forcé de prendre service. Je n’ai
jamais entendu qu’on engageât par force et je n’ai jamais
accepté cette défaite. On ne prend pas malgré soi le service pour
un commandement. Il doit payer sa conduite de sa tête.</p><p>Il
est possible qu’on ait enlevé les armes de Treffurt ; mais il n’en
est pas moins vrai que les révoltés ont aussi pris les propres
armes que vous envoyiez pour armer les soldats.</p><p>Je
vois avec peine que vous êtes dans l’intention de me renvoyer les
troupes que vous avez. Je prends au contraire des mesures pour les
augmenter. Aucune troupe ne doit sortir de Kassel que l’affront
fait à mes armes ne soit vengé. Je puis me passer de 15 000
hommes à présent ; plus tard, je ne le pourrais peut-être plus.
J’attends de vous de l’activité et de la fermeté. Il passe tous
les jours un de mes courriers à Kassel. Envoyez-moi un rapport par
chacun d’eux. Expédiez même, s’il le faut, des courriers
extraordinaires. J’ai hâte d’apprendre que mes aigles ont été
vengées.</p><p><br/>
</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%">
Annexe</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%">
<br/>
</p><p>Il
résulte des pièces ci-jointes que l’insurrection de la Hesse a
éclaté à Rotenburg, à Hersfeld, à Eschwege, à Vacha.</p><p>Il
paraît qu’à Hersfeld les bourgeois s’étaient d’abord armés,
mais que le 28 ils ont rendu les armes.</p><p>À
Eschwege, ils ont arrêté le colonel Ewreiter et les capitaines
Haller et [Benchard] qui avaient pris le service de France et qu’ils
les ont mis en prison.</p><p>Ils
ont déclaré leur chef le capitaine Huscart qui le 26, le 27 et le
28 commandait encore le pays. Eschwege paraît être le chef-lieu des
révoltés.</p><p>À
Schmalkalden, ils ont pris un convoi de canons que l’on évacuait
sur Mayence. Un major s’est très bien comporté, depuis les canons
ont été rendus.</p><p>À
Bischhausen<sup>[^8]</sup>,
ils ont arrêté pendant la nuit 12 gendarmes et en ont tué un. Les
autres se sont sauvés.
</p><p>Il
paraît qu’ils auraient pris à Vacha 12 chevaux et un caisson
d’argent appartenant à l’Empereur.</p><p>C’est
à Hersfeld que le 24, un bourgeois maltraité par un Italien a crié
au secours, que le peuple s’est soulevé, que les 60 soldats
italiens ont été désarmés, un capitaine et plusieurs soldats
blessés, ainsi il paraît que les habitants d’Hersfeld sont
coupables.<sup> [^9]</sup></p><p><br/>
</p>
[^1]: Bad Hersfeld au sud de Kassel.
[^2]: Village à l’est de Bad Hersfeld.
[^3]: Gouverneur du pays de Fulda.
[^4]: <span></span> Guillaume IX, devenu l’électeur Guillaume I<sup>er</sup> en 1803.
[^5]: Biffé : « officiers ».
[^6]: Phrase biffée : « Je n’ai jamais voulu qu’on engageât de force. »
[^7]: <span></span>En mai1796, Bonaparte avait réprimé impitoyablement une révolte de paysans lombards, faisant brûler le village de Binasco : « Exemple terrible et qui sera efficace », écrivit-il alors à Berthier (voir <font size="2" style="font-size: 10pt"><i>Correspondance
générale</i></font><font size="2" style="font-size: 10pt">, vol.
I, n° 629). Il se réfère souvent, par la suite, à ce précédent
notamment en 1806 dans deux lettres à Junot (voir </font><font size="2" style="font-size: 10pt"><i>Correspondance
générale</i></font><font size="2" style="font-size: 10pt">, vol.
VI, n° 11308 et 11392).</font>
[^8]: Village au sud-est de Eschwege (sud-est de Kassel).
[^9]: Minute, Archives nationales, AF IV 872, janvier 1807, n° 107.</body> |
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