cambaceres_41

identifiantcambaceres_41
fait partie deCambacérès_Lebrun
est validéoui
date1812/11/26 00:00
titreCambacérès à Lebrun, gouverneur de Hollande
texte en markdown<body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CAMBACÉRÈS</i> - 41 - </b> ANONYME, À LEBRUN, GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE HOLLANDE </h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Paris, le 26 novembre 1812</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> On convient généralement au jour d’hier que l’exécution de l’entreprise n’a été découverte que par des événements dont les chances étaient fort douteuses. Mais ce qui n’est plus douteux, c’est la facilité avec laquelle on peut nous jeter dans la plus épouvantable confusion.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Quelques nouvelles des départements annoncent que l’on est fort mal informé du but et même de l’issue de l’entreprise et c’est par ce motif que je m’applique à ne pas vous en laisser ignorer les résultats. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> La plus remarquable observation porte toujours sur l’indifférence universelle des citoyens. Il n’en était pas de même des soldats. La promesse des [royalistes] de hautes payes faite aux uns, de licenciement aux autres opérait déjà de tous côtés. Des fausses gardes étaient déjà posées au Trésor à la Banque, alors M. l’Archichancelier et les maîtres, les ministres l’ignoraient. Les conspirateurs avaient dans leur projet chargé les secrétaires généraux de l’exercice provisoire des fonctions des ministres tous destitués. C’est le mot de la proclamation. Ils conservaient Frochot[^1] .</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ceci n’est pas une équipée comme on le dit dans les paragraphes des petites gazettes. C’est un grand avertissement qu’il faut mettre à profit pour réformer et changer beaucoup de choses. La magie du pouvoir s’est dissipée avec l’emprisonnement du ministre et du préfet. Il faut recourir à une autre sorte de puissance ; vous la connaissez mieux que moi et l’Empereur mieux que tous. J’aime à croire que l’avertissement que nous recevons ne sera pas perdu ; on ne peut attendre des nouvelles de Moscou qu’aux premiers jours de décembre. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le ministre a paru hier à Saint-Cloud et se montre beaucoup. Quelques-uns disent et croient sérieusement qu’il a écrit à l’Empereur qu’il croyait ne pouvoir plus exercer ses fonctions avec utilité. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> M. Renaud se met autant qu’il peut en évidence. Il était à cheval le jour de l’événement, précédé d’un trompette et suivi d’un cavalier. On lui a depuis demandé pourquoi cet appareil – pour être plutôt prêt si la haute-cour avait eu à juger les conspirateurs. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il y avait beaucoup de monde hier à Saint-Cloud. On n’y a vu ni Sieyès ni Garat[^2] qui au reste n’y viennent jamais. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il y a eu queue à la banque pendant quelques heures. On s’est bientôt rassuré. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Cette lettre est la 5<sup>e</sup> que je vous écris depuis et compris vendredi 23. Je vous embrasse de tout mon cœur. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> M. Lauriston a été au quartier général ennemi. On en a convenu qu’il n’y aurait d’hostilités qu’après un avertissement donné deux heures d’avance. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Un traité a été préparé entre M. Barlow[^3] et M. le duc d’Alberg[^4] . Mais avant que l’Empereur l’ait reçu, il a fait écrire à M. Barlow de se rendre à Vilna et ce ministre part aujourd’hui. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> En vain on écrit des lettres comme celle que je vous envoie et qui est un duplicata d’une que j’avais reçue auparavant. Personne n’y va. Pour moi j’appartiens au département de l’Eure. C’est par erreur qu’on m’appelle ici. Je l’ai répondu, mais je blâme beaucoup cette indifférence[^5] .</p> [^1]: Frochot Nicolas-Thérèse-Benoît, 1761-1828. Conseiller d’État, préfet de Paris, mis en retraite à la suite de la conspiration de Malet. [^2]: Garat, Dominique-Joseph, 1749-1833, sénateur (1789), comte de l’Empire (1808). [^3]: Joël Barlow (1755-1812) poète et homme politique américain, envoyé comme ministre plénipotentiaire à Paris en 1811. Parti en poste pour rejoindre Napoléon à Vilna, il mourut de froid sur le chemin du retour, le 22 décembre 1812, à Zarnawicka (Pologne, près de Cracovie). [^4]: Emeric Joseph de Dalberg (1773-1833). [^5]: Archives familiales descendance Lebrun, LVI, n° 41.