Documents relatifs à la proclamation de l'Empire [1802-1804] Retour accueil Napoleonica
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CORPS LÉGISLATIF. DISCOURS prononcé par VIENNOT-VAUBLANC,
Orateur de la députation envoyée par le Corps législatif, près le Gouvernement, le 24 floréal an 10.

Citoyens Consuls,

Le Corps législatif, après avoir félicité le Gouvernement sur la paix générale, devoit, d'après la nature de ses fonctions, attendre que le Sénat conservateur et le Tribunat prissent l'initiative de la reconnoissance nationale.

En recevant le vœu prononcé par le Tribunat, nous avons regretté que les bornes constitutionnelles de nos fonctions ne nous permissent pas de nous unir à une démarche qui n'étoit que l'expression du vœu de tous les Français.

L'arrêté que le Gouvernement nous a transmis, consacre l'hommage qu'a rendu le premier Consul à la souveraineté nationale. Le Corps législatif a vu dans cet appel fait à une nation libre, le seul moyen digne d'elle de proclamer une noble récompense des plus nobles travaux. Il a cru qu'il devoit annoncer son opinion par une démarche solemnelle. Il partage la reconnoissance exprimée par les actes du Sénat et du Tribunat, et rend hommage, comme le Gouvernement, au principe de la souveraineté nationale : c'est à elle à prononcer ; c'est à elle à marquer les premières années d'une magistrature si glorieuse par une résolution utile aux intérêts de la République, rassurante pour le repos de l'Europe, autant qu'honorable pour le magistrat illustre qui en est l'objet.

Citoyen premier Consul,

Lorsque le génie de la France vous confia ses destinées, vous nous promîtes la paix. Cette promesse solemnelle retentit dans tous les cœurs ; et, aux difficultés de ce grand ouvrage, une confiance inébranlable opposoit la promesse du premier magistrat : elle est accomplie aujourd'hui ; la France n'a plus d'ennemis.

Nous attendons de vous maintenant le plus haut degré de gloire et de prospérité auquel un peuple puisse parvenir par la liberté politique, civile et religieuse, par l'agriculture, le commerce, les arts de l'industrie et du génie. Vos principes et vos talens en sont un gage assuré ; et, aux obstacles que présentera la nature des choses, la confiance nationale opposera la magnanimité de vos desseins et la constance de vos travaux.

Ainsi toujours, entre le peuple et vous, subsistera le lien inaltérable d'une auguste et mutuelle confiance qui lui garantit vos efforts pour son bonheur, et vous assure des siens pour vos succès.

Bientôt, par une résolution nationale, sera satisfaite la reconnoissance publique, et le Gouvernement affermi. Bientôt seront récompensés les travaux d'une magistrature couverte par vous d'un éclat digne de la grandeur du peuple qui l'a instituée.

Le premier Consul a répondu en substance qu'il étoit extrêmement sensible à la preuve d'estime que lui donnoit le Corps législatif, dont les sentimens venoient d'être exprimés par une députation aussi solemnelle ; que lorsqu'il avoit été appelé à prendre les rênes du Gouvernement, la France étoit déchirée par des factions intérieures, et avoit vu ses succès suivis par des revers accablans ; le vœu qui l'avoit nommé avoit pu être inspiré par les circonstances et dicté par l'espérance ; que maintenant que la paix intérieure et extérieure étoient l'ouvrage du Gouvernement, et que ses principes étoient connus, le peuple, instruit par une magistrature de plusieurs années, alloit prononcer avec liberté ; que quel que fût sa volonté, elle seroit obéie ; que pour lui, citoyen ou Consul, il consacreroit tous les jours de sa vie à la gloire et à la prospérité de la République.

A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.

Floréal an 10.

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