Documents relatifs à la proclamation de l'Empire [1802-1804] Retour accueil Napoleonica
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TRIBUNAT. OPINION de LABROUSTE (de la Gironde),
Sur les mesures proposées pour stabiliser les institutions sociales en France.

Tribuns,

Au point où en est arrivée la discussion qui vous occupe, je n'ai pas la prétention de croire pouvoir rien ajouter aux vérités que des voix nombreuses et plus éloquentes que la mienne vous ont déja fait entendre. Prolonger plus long-temps des dissertations non contredites sur des questions déja jugées par l'expérience des siècles, par notre expérience propre, et par l'unanime conviction de tous les Français, ce seroit, à la fois, abuser de vos momens, et retarder celui si fort desiré par tous du bien que vous êtes appelés à faire. Mais j'ai cru que, dans une circonstance aussi importante, je devois toute ma pensée aux vrais amis de la liberté, dont je m'enorgueillis d'avoir constamment été le fidèle mandataire ; et c'est cette tâche sacrée, autant qu'honorable et douce, que je viens remplir, en proclamant et motivant mon vœu individuel.

Je vote pour la réunion définitive du pouvoir exécutif dans les mains d'un seul, parce que ce n'est que dans les mains d'un seul que le pouvoir exécutif peut avoir l'unité de vues, la rapidité d'action et la force nécessaires à un grand État, à une population nombreuse, à un peuple à la fois belliqueux, agricole, commerçant et industrieux, à une nation enfin que sa position topographique, le rang qu'elle occupe dans l'Europe, et ses relations avec toutes les parties du globe, exposeroient au-dehors à de continuelles attaques, quand la multiplicité et la complication des intérêts de ses propres citoyens ne la menaceroient pas au-dedans de dissensions fréquentes, de plus ou moins funestes agitations. – Je vote l'unité du pouvoir exécutif, parce que huit ans d'essais malheureux n'ont que trop prouvé combien peu convenoit à la France un gouvernement collectif quelconque, tandis qu'une expérience fortunée de quatre années nous a appris, au contraire, à quel degré de puissance et de considération, à quelle prospérité elle peut prétendre sous l'empire des lois et la conduite d'un seul. – Je vote enfin l'unité du pouvoir exécutif, parce que déja cette unité du pouvoir exécutif existe, parce qu'elle existe par le vœu du peuple, et parce qu'en la consacrant aujourd'hui solennellement, nous ne faisons qu'obéir à sa voix souveraine et toute-puissante, qui nous commande de lui garantir à jamais les biens inappréciables dont il jouit depuis quatre années à l'abri de ce tutélaire pouvoir.

Je vote pour l'hérédité du pouvoir exécutif, parce que l'hérédité seule du pouvoir exécutif garantit la stabilité des gouvernemens, et que l'instabilité des gouvernemens est le fléau le plus destructeur des peuples ; parce que l'hérédité seule assure aux États la tranquillité, sans laquelle il n'est pour eux ni vraie liberté, ni prospérité publique ; parce qu'elle seule écarte les ambitions, prévient les rivalités, et étouffe le germe populicide des dissensions civiles. – Je vote pour l'hérédité du pouvoir exécutif, parce que je crois le gouvernement électif, quelque forme d'élection que l'on adopte, le plus dangereux, le plus abusif, le plus subversif de tous pour une nation telle que la France. – Je vote pour l'hérédité du pouvoir exécutif, parce que l'hérédité seule garantit les nations des déprédations d'un népotisme dévorateur, toujours renaissant sans elle, des convulsions périodiques qu'excite dans son sein chaque élection, et des fréquentes et inévitables révolutions qui en sont la suite. – Je vote enfin pour l'hérédité du pouvoir exécutif, parce qu'elle seule identifie l'intérêt des Gouvernemens à celui des peuples ; parce qu'elle élève aujourd'hui entre les Bourbons et nous, entre la contre-révolution et nous une nouvelle barrière indestructible et insurmontable ; parce qu'enfin le pouvoir héréditaire, seul est conservateur par essence, et que notre devoir aujourd'hui est d'assurer au peuple français la conservation des droits qu'il a recouvrés, des biens qu'il a conquis par tant d'efforts, d'héroïsme et de sacrifices.

Je vote le dépôt du pouvoir exécutif unique et héréditaire entre les mains de Napoléon Bonaparte et de sa famille, parce que Napoléon Bonaparte est, de tous les citoyens français, le citoyen le plus grand et le plus illustre ; parce qu'après avoir étonné le monde par le bruit de ses exploits presque fabuleux, il en a excité l'admiration par une modération vraiment héroïque et plus incroyable encore ; parce qu'après avoir vaincu et pacifié l'Europe, il l'a consolée encore par sa longanimité, son respect pour les traités et la loyauté de sa politique. – Je vote le dépôt du pouvoir exécutif unique et héréditaire entre les mains de Napoléon Bonaparte et de sa famille, parce que, après avoir glorieusement défendu la France à la tête de ses invincibles guerriers, après l'avoir miraculeusement retirée des bords de l'abîme prêt à l'engloutir, Napoléon Bonaparte a su rallier tous les esprits, imposer silence aux factions, faire jouir les Français d'un repos inconnu pour eux depuis dix années, cicatriser au-dedans toutes les plaies, et porter au-dehors le nom français au plus haut point de gloire, de considération et d'estime où jamais il soit parvenu. – Je vote enfin le dépôt du pouvoir exécutif unique et héréditaire entre les mains de Napoléon Bonaparte et de sa famille, parce que, mieux que personne, Napoléon Bonaparte et sa famille sauront et voudront conserver ce dépôt sacré ; parce que, mieux que personne, Napoléon Bonaparte et sa famille sauront et voudront maintenir la liberté sous les étendards de laquelle ils ont marché avec nous, l'égalité du sein de laquelle ils sont sortis avec nous, et les principes libéraux, seule garantie assurée désormais de leur prospérité comme de la nôtre ; parce que celui qui vainquit nos ennemis, assura notre indépendance, et rendit à la France ses limites naturelles, celui qui rétablit parmi nous la religion et la liberté des cultes, consacra l'uniformité de nos lois civiles, et nous fit jouir des douceurs de l'égalité politique, celui enfin qui, associé à tous les travaux d'une révolution fertile en malheurs mais également féconde en grandes choses, sut en compléter, régulariser et consolider les sublimes résultats, voudra et saura, plus que personne, conserver intact son ouvrage, et le transmettre de génération en génération à ses descendans, solidairement intéressés à le conserver à leur tour.

Je vote enfin pour que les institutions garantes de la liberté et de l'égalité politiques et civiles soient clairement et irrévocablement fixées ; que la liberté politique soit à jamais assurée par une représentation nationale, indépendante et libéralement combinée ; qu'une magistrature respectée et indépendante préside au maintien de la liberté civile ; que l'égalité politique et civile soient irrévocablement garanties par l'éternelle proscription du régime féodal, des distinctions de naissance et des priviléges ; que les biens conquis sur la main-morte et sur les transfuges soient imperturbablement acquis à leurs légitimes possesseurs ; que des institutions enfin libérales à la fois et fortes préviennent pour toujours le retour des anciens abus, et celui non moins effrayant des révolutions qu'ils entraînent à leur suite : et nous pourrons dire alors, mais alors seulement, que la révolution est finie, et la grandeur comme la prospérité du peuple français fondées à jamais.

Jamais ma conviction que je votois dans l'intérêt du peuple n'a été plus intime et plus profonde. Vive la grande nation ! vivent les droits imprescriptibles du peuple ! vive Napoléon Bonaparte, sauveur et glorieux Empereur des Français !

A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.

Floréal an 12.

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