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| La proclamation de l'Empire par le Sénat conservateur | |
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Lorsque la reprise de la guerre et les complots
ourdis contre lui permirent de tenir le pays d'une main de fer, Bonaparte
se découvrit et marcha résolument à l'empire.
Pour gravir la dernière marche qui le séparait
du trône, Bonaparte avait donc choisi la voie constitutionnelle. Le
soutien du Sénat lui était indispensable. Lorsque le gouvernement lui
communiqua des pièces officielles établissant le soutien financier de
l'Angleterre à la conspiration Cadoudal-Moreau-Pichegru, le Sénat constitua
une commission spéciale de dix membres pour répondre à cette communication.
Elle se contenta de constater les faits et finit par émettre une adresse
de félicitations au Premier consul pour avoir échappé à tant de périls. Fouché entra alors en scène. Il demanda la parole et s'opposa au minimalisme de la motion que l'on proposait. Selon lui, il fallait aller plus loin et ajouta, sans vouloir préciser, qu'il en avait parlé avec Bonaparte. Interloqués et désormais dominés par ceux qui suivaient Fouché, les sénateurs décidèrent de constituer une seconde commission qui aboutit à la rédaction d'une adresse où était abordée la question du régime : " Grand Homme, achevez votre ouvrage en le rendant immortel comme votre gloire ". Ayant reçu ce texte, Bonaparte répondit qu'il réfléchissait et donnerait bientôt sa réponse. Pendant que le Sénat hésitait et que Bonaparte se faisait désirer, les partisans du Premier consul suscitaient, dans l'armée et dans les institutions locales et nationales, une campagne de motions qui, mises bout à bout, faisaient penser à un " appel de la nation " pour que le chef de l'Etat se décide à franchir le Rubicon.
Le 28 avril 1804, la surprise vint du Tribunat. Avec l'accord de Bonaparte, le tribun Curée monta à la tribune et demanda à ses collègues de se prononcer pour la création d'un empire et de l'hérédité de la dignité impériale dans la famille Bonaparte. Seul Carnot vota contre. Le Sénat venait d'être pris de vitesse. Il s'employa dès lors à rattraper son retard.
Le 3 mai, une délégation du Tribunat vint présenter la motion Curée aux sénateurs. François de Neufchâteau invita ses collègues à proclamer l'Empire. Les sénateurs commencèrent par ergoter. Ils adoptèrent un long mémoire demandant que la nouvelle constitution garantisse l'indépendance des grandes autorités, le vote libre et éclairé de l'impôt, la liberté individuelle et de la presse, la responsabilité des ministres, etc. En prenant connaissance de ce texte, Bonaparte se fâcha, incrimina les idéologues et leurs " réminiscences de constitution anglaise " (ce qui dans sa bouche, voulait tout dire). La publication du mémoire fut interdite. Une nouvelle commission sénatoriale fut nommée. Elle travailla sous le contrôle de Cambacérès et de Talleyrand, entamant ses travaux le 11 mai. Le 13, un projet de sénatus-consulte fut arrêté et approuvé par le conseil privé. Le 16, Portalis présenta le texte au Sénat. La commission sénatoriale conclut à l'adoption. Le 18 mai 1804, le sénatus-consulte fut approuvé à l'unanimité moins les voix de Grégoire, Lambrechts et Garat et deux abstentions. L'Empire était fait. Thierry Lentz
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