Portraits réalisés par Frédéric Christophe de Houdetot [1797-1835]
 
   La vie et les dessins de Frédéric Christophe Houdetot (1778-1859)

 

Nom Houdetot
Prénom Frédéric Christophe
Dates de vie Né à Paris, Sainte-Marie-Madeleine-de-la-ville-l'Evêque, le 16 mai 1778 – Mort à Paris, 10, rue de Londres, le 21 janvier 1859.
Parents

Fils de César-Louis Marie François Ange de Houdetot (1749-1825) et de Louise Perrinet de Faugnes (1758-1780). Marié, le 5 novembre 1810 à
Madeleine Masseron, sans postérité.

 

Famille  
Jeunesse
Auditeur
Missions en Europe
Après 1815



   Famille

La famille de Houdetot est une très ancienne famille normande (1) dont les origines remontent aux croisades.
Orphelin de mère à l'âge de deux ans, Frédéric Christophe de Houdetot est élevé par sa grand-mère, en l'absence de son père, alors maréchal des logis à l'Ile de France. Cette dernière, Elisabeth Françoise Sophie, née de la Live de Bellegarde d'Ormesson, fille du fermier général, était une femme " incarnant l'amabilité, la grâce, la douceur enjouée, la bonté ", selon Rousseau qui lui voua un " amour tendre et ardent " (2) alors qu'elle vivait séparée de son mari au château d'Eaubonne en 1758. Lorsqu'elle recueille son petit-fils en 1780, elle habite Sannois (3) , où se trouve le domaine de son mari, et anime un salon qui reçoit la visite régulière des philosophes Diderot, Grimm, Marmontel, des américains Franklin et Jefferson (4) , ainsi que de son amie d'enfance, Germaine de Staël.


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   Jeunesse

Frédéric Christophe grandit au contact de cette assemblée brillante. Cependant ses premiers dessins datés de 1797 à 1805 ne représentent pas seulement les amis de sa grand-mère, mais aussi des habitants de Sannois : des enfants, de jolies jeunes femmes, un précepteur ou un curé de Sannois côtoient des personnages plus connus comme l'abbé Delille, auteur célébré de de poésies pastorales, Saint-Lambert, l'ami de longue date de sa grand-mère, le peintre David…

En 1798, il s'engage comme canonnier dans l'artillerie, mais est très vite réformé pour des problèmes de santé.
C'est l'occasion pour lui d'approfondir son goût pour le dessin : il fréquente alors l'atelier de David et celui de Regnault. Le recueil de dessins conservé au Conseil d'Etat montre un trait de crayon alerte et une technique éprouvée, tant dans les croquis sur le vif à la plume que dans des dessins plus élaborés, mêlant fusain, craie et lavis.
Le jeune de Houdetot, page auprès du Premier Consul, poursuit sa vie mondaine entre Sannois et Paris, entre le salon de sa grand-mère et les ateliers de ses maîtres, jusqu'au 8 février 1806, jour où il est nommé, comme maints autres jeunes gens issus de l'ancienne noblesse, auditeur au Conseil d'Etat. Il est rattaché au ministre et à la section de la Marine, sans doute du fait des fonctions de son père alors lieutenant général aux Antilles.

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   L'auditeur au Conseil d'Etat

Autorisé à assister aux séances du Conseil, il y trouve une inspiration certaine et exerce son talent à croquer, parfois sur les papiers distribués en séance, les physionomies les plus saillantes de l'assemblée.

En tant qu'auditeur, il était certainement installé le long des fenêtres donnant sur la cour des Tuileries, sur une chaise sans table, perpendiculairement à l'estrade accueillant l'Empereur et l'archichancelier Cambacérès. Les orateurs les plus remarqués, debout lors de leurs interventions, défilent sur ses dessins : Regnault de Saint-Jean d'Angely, président de la section de l'Intérieur, Boulay de la Meurthe, président de la section de Législation, l'abbé Louis, etc.
Outre ces ténors, dont les traits nous sont connus par ailleurs, il redonne un visage à des membres moins illustres du Conseil d'Etat : maîtres des requêtes comme le néerlandais Vischer de Celles ou le vieil inspecteur des revues Chadelas ou jeunes auditeurs encore plus méconnus.


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   Les premières missions en service extraordinaire (1806-1814)

 Berlin
Il reçoit dès le mois d'octobre 1806 une mission civile d'intendant civil à Berlin, comme administrateur des contributions indirectes, où il retrouve de jeunes gens comme lui issus du Conseil d'Etat : Lafond " le gros lot ", comme le précise la légende d'un dessin, administrateur de la loterie, Edouard Pépin de Bellille qui devait connaître une fin tragique au Portugal deux ans plus tard, etc. Il dessine aussi, bien souvent, une jolie Madame Friedlander, dont dix portraits sont conservés dans l'album.

 Château Salins
Le 15 janvier 1808, F.C.Houdetot est nommé sous-préfet de Château-Salins. Là encore, il continue à dessiner les gens qui l'entourent : on y voit moins d'administrateurs venus de Paris, et davantage de notables locaux, comme le receveur particulier des finances, le conservateur des Forêts ou encore le maire.

 Gand
Quelques mois plus tard, le 4 novembre 1808, il devient préfet de l'Escaut et s'installe à Gand. Là encore, les dessins conservés retracent cet épisode de son existence et nous donnent un tableau vivant de la société française installée en Belgique : président du tribunal civil, chef du bureau militaire, secrétaire général de la préfecture entourent F.C. Houdetot, désormais baron par lettres patentes du 18 juin 1809 (5).
Sa demi-sœur Césarine épouse en novembre 1811, son ami et collègue du Conseil d'Etat, Prosper Bruguière de Barante.

 Bruxelles
Le 12 avril 1813, il est installé comme préfet de la Dyle à Bruxelles où il s'efforce d'utiliser tous les moyens de résistance aux alliés à sa disposition jusqu'à la Première Restauration
Pendant les Cent-Jours, F.C.H. se retire prudemment à Caen pour raisons de santé, bien que rappelé pour être préfet du Loiret le 22 mars 1815.

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   Après 1815

La Seconde Restauration le fait préfet du Calvados le 12 juin 1815, poste qu'il accepte sur les instances de Matthieu Molé et de Prosper de Barante. Le Calvados est alors occupé militairement par les Prussiens qui exigent d'énormes contributions de guerre. Frédéric Christophe de Houdetot résiste à ces pressions et est arrêté, mis en garde à vue et menacé d'être envoyé en Prusse jusqu'à l'intervention du gouvernement qui obtient, non sans peine, son élargissement. Il démissionne néanmoins le 31 octobre 1815, ayant fait l'objet de menaces et de voies de faits de la part de ses administrés (6) en s'opposant aux injonctions des "volontaires royaux" conduits par le duc d'Aumont. Peu de temps auparavant, il avait sauvé le général Grouchy en le prévenant que l'ordre était donné de l'arrêter.

Le 5 mars 1819 le ministère Decazes appelle F. C. Houdetot à la Chambre des pairs, où il siège parmi les royalistes constitutionnels. Il accepte en 1830 la Monarchie de Juillet et conserve son siège jusqu'en 1848.
Lors des élections du 13 mai 13 mai 1849, il est élu du Calvados à l'Assemblée législative. Il prend place à droite dans la majorité conservatrice et monarchiste, vote pour l'expédition de Rome, pour la loi Falloux sur l'enseignement, se rallie à la politique de Louis Napoléon Bonaparte et après le coup d'Etat de décembre 1852, il est désigné comme candidat du gouvernement au Corps législatif dans la 2e circonscription du Calvados et élu député le 29 février 1852.

Il prend part à l'établissement du régime impérial qu'il soutient de ses votes dans les rangs de la droite dynastique et est réélu comme candidat officiel le 22 juin 1857. Il meurt à l'âge de 81 ans le 21 janvier 1859, jouissant d'un revenu de plus de 80 000 francs (7).

L'album de dessins conservé à la bibliothèque du Conseil d'Etat témoigne peu de sa vie après 1815. Quelques caricatures à la plume, d'un trait assez féroce, datées des années 1830 montrent cependant son goût intact pour le dessin, de même que sa nomination comme membre de l'Académie des Beaux Arts le 10 avril 1841. Il siège au jury du Salon de 1857 (8), aux côtés d'Amédée Pastoret, une vieille connaissance, comme lui ancien auditeur du Premier Empire, membre libre de l'Académie des Beaux Arts et homme politique, dont nous connaissons grâce à ces portraits le visage d'enfant, d'adolescent et de jeune homme.

Seuls les traits de l'artiste lui-même nous manquent, mais ses amis et connaissances nous en donnent un portrait en creux : celui d'un enfant du siècle ambitieux et charmeur.



        
 
1)
Armorial général d'Hoziers, registre 7e complémentaire, 2e partie, Firmin Didot, 1868, p. 13-24. [retour]
 
2)
Rousseau, Jean-Jacques, Les Confessions, Livre 9. On dit souvent que Mme de Houdetot fut le modèle de Julie dans La Nouvelle Héloïse. [retour]
 
3)
Sannois se trouve à vingt kilomètres au Nord de Paris, dans la vallée de Montmorency, de même qu'Eaubonne. [retour]
 
4)
Chinard, Gilbert, Les amitiés américaines de Madame d'Houdetot, d'après sa correspondance avec Benjamin Franklin et Thomas Jefferson, Paris, Champion, 1924, viii, 62 p. [retour]
 
5)
Révérend, Armorial du Premier Empire, I, p. 319. Ses armes étaient d'argent à la bande d'azur, chargées d'un lion rampant d'or entre deux alérions du même; au franc-quartier des barons conseillers d'Etat. [retour]
 
6)
Lettre du comte d'Houdetot à M. de Barante du 1er août 1815, citée dans : Barante, Amable Prosper, Souvenirs, II, p. 185. [retour]
 
7)
A.N. F/1 b I/230 (3) Calvados. [retour]
8)
Huguenaud (Karine), Les Salons du Second Empire, Paris, mémoire dactylographié, 1993, 223 p. [retour]