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| Présentation de la collection originale | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Télécharger gratuitement Internet Explorer 6 pour lire les lettres de Vivant Denon
Les copies des lettres rédigées par Vivant Denon dans
le cadre de ses fonctions de directeur des musées ont été
transcrites dans plusieurs registres conservés aujourd'hui dans
la série *AA des Archives des musées nationaux. Les cinquante-cinq
registres de cette série couvrent près de trois quarts
de siècle de la vie des musées, depuis la création
du Museum en 1793 jusqu'au départ en 1870 de Nieuwerkerke, dernier
directeur des musées impériaux. Les 3 609 lettres publiées
ici figurent dans six registres chronologiquement continus de 1802 à
1815 (*AA 4, 5, 7, 8, 9, 10), auxquels ont été adjoints
les courriers transcrits dans un registre dit de "correspondance
supplémentaire" (*AA 12), dont les quelque quatre cents
lettres, distinguées ici par une numérotation séparée
par un trait d'union, ont été insérées dans
cette édition à la place chronologique qu'elles auraient
dû occuper. Il convient de souligner ici que l'édition des lettres reproduites à partir des registres conservés aux Archives des musées nationaux s'appuie sur des copies, souvent effectuées avant l'envoi des lettres elles-mêmes. Destinées à des fins uniquement administratives, ces copies ne font jamais apparaître les formules de politesse finales ; transcrites avec un grand soin, elles trahissent néanmoins quelques incompréhensions ou étourderies du commis aux écritures, les plus fréquentes étant les sauts du même au même qui provoquent l'omission d'un ou plusieurs membres de phrase. Lorsque l'original était accessible, le texte a été rétabli à partir des lettres conservées aux Archives nationales ou au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Les
destinataires de ces lettres peuvent se classer en trois catégories
: les autorités dont relève le directeur des musées
(ministère de l'Intérieur et Maison de l'Empereur), les
autres agents de l'État, parmi lesquels ses subordonnés,
et enfin les particuliers. Denon est en outre en relation avec de nombreux agents de l'État, et en tout premier lieu avec ses subordonnés, les échanges épistolaires les plus orageux étant sans conteste ceux qu'il entretient avec Lenoir, conservateur du musée des Monuments français, tandis que le commerce avec Versailles relève davantage de la routine. Pour ce qui est des tableaux envoyés en province, ses interlocuteurs sont les préfets et les maires. Enfin, les particuliers auxquels il écrit sont essentiellement les artistes dans le cadre des commandes, pour lesquelles il a également à informer les princes et les grands dignitaires, les fournisseurs divers et, de manière épisodique, les rédacteurs de journaux, les membres des sociétés savantes de son temps, parmi lesquelles des académies étrangères.
Nous présentons ici un choix des lettres originales adressées par Denon à Napoléon et conservées aux Archives nationales. Nous avons privilégié celles provenant des fonds de la secrétairerie d'État et tout particulièrement les manuscrits classés dans les cartons AF IV 1049 et AF IV 1050 relatifs à l'administration des arts. Y sont réunies non seulement des lettres au Premier Consul puis à l'Empereur mais également des notes confidentielles à lui adressées ainsi que les "feuilles de travail" destinées à préparer les discussions et à enregistrer les décisions prises. Nous y avons adjoint, de manière ponctuelle, des documents provenant d'autres fonds, notamment de la série O-2 (Maison de l'Empereur). Il s'agit là soit de lettres retransmises par Napoléon à ses ministres ou à l'intendant général de sa Maison, soit de pièces apportant un complément d'information utile à la compréhension des textes publiés ici. Certaines de ces lettres originales figurent également dans les registres des Archives des musées nationaux. Nous avons pris le parti, dans ce cas, de reproduire les deux versions du texte afin de conserver l'intégralité du corpus des lettres recopiées dans les registres de correspondance du musée, tout en respectant le caractère authentique de l'original. On constatera par ailleurs qu'il se présente parfois des variantes importantes entre les deux états qu'il convenait de ne pas négliger.
Les lettres administratives de Denon sont rarement écrites de
sa main et ne sont pas toujours signées, même quand elles
sont destinées à l'Empereur. Lorsque manque la signature,
le filigrane ou le format et la teinte du papier utilisé, l'écriture
du copiste ou du secrétaire, la couleur de l'encre, voire la
finesse de la plume, sont autant d'éléments qui permettent
l'attribution à Denon du texte en question, ainsi, parfois, que
sa datation. Celle-ci est également facilitée par l'enregistrement
des lettres reçues à la secrétairerie d'État,
la date de réception étant souvent inscrite sur les documents
envoyés à l'Empereur. Dans
les lettres et notes qu'il adresse au Premier Consul puis à l'Empereur,
Denon traite des principales entreprises artistiques de la période
: conception et réalisation des monuments, statues, médailles,
tableaux, tapisseries, gravures et dessins destinés à
commémorer les moments forts de l'histoire nationale contemporaine
et les personnalités qui l'ont illustrée ; organisation
des expositions et du Salon ; choix des objets d'art à enlever
dans les pays conquis ; envoi de tableaux aux palais impériaux
et aux musées de province. Mais cette correspondance permet également
au lecteur de pénétrer dans les coulisses de l'administration
des arts, qu'il s'agisse de la restructuration d'un établissement
placé sous la responsabilité de Denon ; de l'art de diriger
l'opinion des membres de commissions chargées de prendre des
décisions importantes ; des négociations relatives à
la rémunération à accorder aux artistes, et tout
particulièrement au Premier Peintre de l'Empereur, David. Parfois
enfin, sur un plan plus personnel, deviennent perceptibles les sentiments
de joie mais aussi de peine qu'a pu éprouver le directeur des
musées dans ses relations avec l'Empereur.
La présentation de cette correspondance s'inscrit dans deux directions de recherche distinctes : l'édition scientifique de sources primaires inédites ou peu connues, et l'étude de l'ensemble des activités de Vivant Denon.
L'historien d'art comme l'historien disposent aujourd'hui de plusieurs
éditions de textes offrant une matière première
abondante pour l'étude du monde des arts, plus particulièrement
dans ses aspects institutionnels, à la fin du XVIIIe et au début
du XIXe siècles.
Par ailleurs, si la figure de Denon a été remise en lumière par les travaux de Pierre Lelièvre en 1942 puis en 1993, ainsi que par Jean Châtelain en 1973, le projet Denon conçu par le Louvre pour célébrer en 1999 son premier directeur a, dès l'origine, mis en chantier plusieurs publications : outre le catalogue de l'exposition et les actes du colloque, il a été décidé d'éditer la correspondance administrative, dont la préparation a nourri la réflexion de tous ceux qui ont travaillé dans ce cadre sur Vivant Denon. Voir la bibliographie.
Cette correspondance en majeure partie inédite n'est pas inconnue des chercheurs. En effet, des extraits en ont été publiés dès le début du siècle dans des ouvrages faisant encore autorité et ont été exploités depuis par les biographes de Denon. C'est pourtant la lecture de chaque lettre dans son intégralité et dans son contexte, qui permet d'appréhender dans toute leur étendue les fonctions exercées par Denon.
La
lecture en continu de cette correspondance permet une étude approfondie
des différentes questions que Denon a été appelé
à traiter et offre ainsi de nouvelles pistes de recherche.
Pendant
les premières années de son directorat, Denon entretient
avec le Premier Consul puis avec l'Empereur des relations assez étroites.
En font foi les ordres verbaux auxquels il fait lui-même allusion
dans sa correspondance et les "feuilles de travail" que nous
avons évoquées plus haut. Celles-ci prennent la forme
soit de questions/réponses, soit de notes préparatoires
aux réunions, et attestent que Denon travaille en direct avec
Napoléon au même titre que les ministres et les grands
commis de l'État.
La mise en place de structures beaucoup plus hiérarchisées
sous l'Empire provoque une évolution importante dans le mode
de travail de Denon : pour ce qui concerne les grandes commandes, le
budget et la comptabilité du musée, il doit désormais
s'adresser en premier lieu à l'intendance générale.
Du coup, ses rapports directs avec l'Empereur vont se distendre.
Si
les décrets de février et mars 1806 sont le fruit d'une
collaboration encore étroite entre Napoléon, Maret, secrétaire
d'État, et Denon (AN 48, AN 49), en juin 1806, ayant su par Daru
que l'Empereur avait manifesté une certaine inquiétude
au sujet de l'état de son médaillier, Denon, "profondément
affligé", exprime son exaspération et propose sa
démission (AN 56, AN 58).
Les effectifs des personnels du Louvre au début du XIXe siècle
sont tout à fait modestes et un certain nombre d'entre eux sont
maintenant bien connus, comme Lavallée, le secrétaire
général, ou Morel d'Arleux, Visconti et Dufourny, tous
trois conservateurs. La correspondance du directeur est en revanche
une des seules sources permettant de mieux connaître les autres
employés du musée et notamment les gardiens ; en effet,
leurs dossiers sont bien loin d'être tous conservés aux
Archives des musées nationaux, où il n'existe guère
de pièces relatives à ce sujet pour cette période.
En
1805, les appointements annuels de chacun des treize gardiens et des
deux portiers s'élèvent à 100 F par mois, soit
1 200 F par an. A titre de comparaison, le secrétaire général
perçoit 4 000 F, Debusne, le premier commis, 2 500 F et Giosi,
marbrier chargé de la restauration des marbres antiques, 2 000
F. Les traitements des gardiens sont modestes, mais cependant légèrement
plus élevés que le salaire moyen des ouvriers parisiens,
estimé pour la période à 900 F ; ils trouvent des
compléments appréciables dans les gratifications accordées
pour travaux exceptionnels sur les recettes intérieures du musée,
à l'occasion notamment de l'accrochage du Salon et de l'envoi
des tableaux en province. Quelques francs sont encore glanés
chaque mois par les femmes des gardiens chargées de vendre les
notices explicatives dans l'enceinte du musée.
Sous l'effet des mesures de protection sociale prises par l'Empire,
et dont les conséquences sont observables jusque dans le microcosme
du Louvre, le sort des gardiens va connaître une amélioration
considérable avec la mise en place des systèmes de retraite.
Même si le directeur a pu demander quelques augmentations de traitement, sa marge de manuvre est des plus faibles dans ces domaines. En revanche, il peut jouer de son influence pour venir en aide aux employés du musée, faisant ainsi admettre le gardien Bidot, septuagénaire sans famille, dans un hospice, pour tenter de différer le recrutement du jeune Giosi, atteint par la conscription, ou pour maintenir le salaire de Leroux, commis attaché à la rédaction de l'inventaire Napoléon, pendant son absence pour des raisons de santé.
On
ne peut qu'être frappé, à la lecture en continu
de la correspondance, par la capacité du directeur à mener
de front de nombreux projets de grande ampleur. Les impératifs de délais régissant la création artistique sous Napoléon sont de ces contraintes qui révèlent les talents d'organisateur de Denon. Comment garantir par exemple la bonne ouverture du Salon de 1810 à la date prévue ? Comment assurer la présentation à l'exposition des commandes officielles ? De la définition des sujets et du choix des artistes à la distribution des récompenses, Denon veille à tout. Le tableau exposé au Salon de 1810 par Meynier nous sert d'illustration. Ainsi voyons-nous Denon proposer en février 1809 que soit représenté L'Entrée de l'Empereur à Berlin parmi les tableaux à commander pour la Galerie de Diane aux Tuileries en remplacement de ceux qui avaient déplu à l'Empereur (1574-3). Ce sujet avait déjà été suggéré par le directeur à l'automne précédent (AN 76). En mars 1809, il recommande que Meynier soit chargé de son exécution (1584-2). L'artiste est payé au mois de mai suivant (1609-2). Une fois le tableau accroché en bonne place au Salon (n° 570), Denon demande, en vain, dans son rapport à l'Empereur que le peintre soit décoré de la Légion d'honneur (AN 89). Le tableau ira ensuite, en 1811, aux Tuileries pour se substituer à ceux envoyés aux Gobelins (2040). Denon doit également prendre, dans le mois précédant l'ouverture, un certain nombre de dispositions pratiques : enregistrement des uvres remises par les artistes, organisation des réunions du jury, choix d'accrochage, réalisation du livret, préparation de l'inauguration puis mise en place des mesures de sécurité permettant de faire face à l'affluence prévue. L'ouverture du Salon impose encore de nouvelles tâches : prévoir les visites des personnalités, les conseiller éventuellement sur leurs acquisitions, répondre aux récriminations des nombreux artistes qui se jugent desservis par l'accrochage, faire face aux réclamations consécutives à des vols d'uvres survenus pendant l'exposition, prévoir des gratifications aux gardiens pour les indemniser des travaux supplémentaires occasionnés par cette manifestation et enfin prévoir le décrochage et la remise des uvres aux artistes.
Alors que le Salon a ouvert le 5 novembre, Denon présente dès le 11 un rapport détaillé à l'Empereur (AN 89), dans lequel il signale les tableaux particulièrement dignes d'intérêt, dont il analyse les mérites techniques, en insistant sur les progrès faits par l'école française dans les dix dernières années, sans négliger les tableaux de genre, et évoque également la sculpture et la gravure. Il rend compte de tous les travaux ordonnés par l'Empereur et indique les tableaux qu'il serait bon d'acquérir, ainsi que les artistes qui doivent recevoir des gratifications ou des médailles d'encouragement, proposant que la Légion d'honneur distingue deux peintres et deux graveurs.
Ces
trois exemples bien différents démontrent la richesse
des informations contenues dans cette correspondance. A nos yeux, cette
édition n'est en soi qu'une étape : elle portera ses fruits
par l'exploitation qui en sera faite par d'autres. Bien des voies de
recherche sont encore à poursuivre, relevant aussi bien de l'histoire
des institutions, de l'histoire du goût ou de l'histoire des mentalités
sous le Consulat et l'Empire. Marie-Anne
Dupuy |
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