Correspondance administrative de Vivant Denon [1802-1815]
 
 Présentation de la collection originale
Signature manuscrite de Vivant Denon

Fiche signalétique de la collection originale

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Intitulé Correspondance administrative de Vivant Denon
Dates 1802-1815
Producteur Dominique Vivant-Denon, directeur des musées sous le Consulat et l'Empire
Importance matérielle

Un premier corpus constitué de 6 registres provenant des Archives des musées nationaux (*AA 4, 5, 7, 8, 9, 10) et un registre dit de "correspondance supplémentaire" (*AA 12).
Un deuxième corpus de lettres à Napoléon, provenant des fonds des Archives nationales et conservé dans les cartons AF IV 1049, AF IV 1050 et AF IV 1676, ainsi que dans les séries O-2, BB-30 et F-21.

N.B.: Pour des raisons techniques, le numéro de côte des séries figurent, ici, non sous la forme d'un exposant, mais sous la forme d'un chiffre précédé d'un trait d'union.

Aperçu du contenu

Le Corpus 1 représente 3928 lettres dont 319 issues du registre supplémentaire et 85 du "Précis".

Le Corpus 2 est constitué de 97 lettres, rapports ou notes de Denon à Napoléon accompagnés de pièces jointes, dont 60 adressées à Napoléon. Le numéro de ces lettres, provenant des Archives nationales, est précédé de la mention AN.

Soit un ensemble de 4025 lettres.

Remarques sur la description Moteur de recherche plein-texte sur le contenu de chacune des lettres.


Description détaillée
   

Les registres des Archives des musées nationaux

Description matérielle

Destinataires et contenu

  

Les lettres provenant des Archives nationales

Sources

Description matérielle

Contenu

Objectifs de la publication
  

Objectifs généraux

Objectifs scientifiques

Les apports de la publication "intégrale"
 

 Les relations avec Napoléon

Quelques aspects de la vie des employés du Musée

Le rythme d'activité du directeur

Conclusion

Description détaillée

Cette collection réunit des documents appartenant à deux fonds distincts : d'une part une suite de registres provenant des Archives des musées nationaux, et, d'autre part, des lettres conservées aux Archives nationales.


Les registres des Archives des musées nationaux

Description matérielle

Les copies des lettres rédigées par Vivant Denon dans le cadre de ses fonctions de directeur des musées ont été transcrites dans plusieurs registres conservés aujourd'hui dans la série *AA des Archives des musées nationaux. Les cinquante-cinq registres de cette série couvrent près de trois quarts de siècle de la vie des musées, depuis la création du Museum en 1793 jusqu'au départ en 1870 de Nieuwerkerke, dernier directeur des musées impériaux. Les 3 609 lettres publiées ici figurent dans six registres chronologiquement continus de 1802 à 1815 (*AA 4, 5, 7, 8, 9, 10), auxquels ont été adjoints les courriers transcrits dans un registre dit de "correspondance supplémentaire" (*AA 12), dont les quelque quatre cents lettres, distinguées ici par une numérotation séparée par un trait d'union, ont été insérées dans cette édition à la place chronologique qu'elles auraient dû occuper.
Les lettres sont soigneusement transcrites, dans une écriture claire et facile à lire, de plusieurs mains différentes, sur du papier réglé et margé, les mentions marginales précisant l'objet et le destinataire du courrier.
Le but de ces registres étant de garder mémoire des courriers envoyés et de pouvoir en retrouver le texte, chaque volume s'achève par une table alphabétique des correspondants (classés par la première lettre du nom et non strictement par ordre alphabétique), donnant la date du courrier, son objet et l'indication de la page à laquelle il a été transcrit.
Seul le registre *AA 5 a gardé son cartonnage vert d'origine ; sur chacun des plats se remarquent encore les deux points d'attache des lacets, aujourd'hui disparus, destinés à assurer une bonne fermeture du volume.

Il convient de souligner ici que l'édition des lettres reproduites à partir des registres conservés aux Archives des musées nationaux s'appuie sur des copies, souvent effectuées avant l'envoi des lettres elles-mêmes. Destinées à des fins uniquement administratives, ces copies ne font jamais apparaître les formules de politesse finales ; transcrites avec un grand soin, elles trahissent néanmoins quelques incompréhensions ou étourderies du commis aux écritures, les plus fréquentes étant les sauts du même au même qui provoquent l'omission d'un ou plusieurs membres de phrase. Lorsque l'original était accessible, le texte a été rétabli à partir des lettres conservées aux Archives nationales ou au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.


Destinataires et contenu

Les destinataires de ces lettres peuvent se classer en trois catégories : les autorités dont relève le directeur des musées (ministère de l'Intérieur et Maison de l'Empereur), les autres agents de l'État, parmi lesquels ses subordonnés, et enfin les particuliers.
Si, lors de sa nomination en 1802, Denon relève uniquement du ministère de l'Intérieur, tout change au premier jour de l'an XIII (23 septembre 1804), date à compter de laquelle une partie de ses attributions est transférée à l'intendance de la Maison de l'Empereur qui se met alors en place. L'emprise de l'intendance va encore s'accroître avec la nomination de Daru en 1805, ce qui entraîne une correspondance abondante liée au fonctionnement de l'établissement : élaboration du budget annuel, envoi chaque mois, généralement par deux courriers distincts, des états de traitement des employés du musée Napoléon et de ceux du musée de Versailles, envoi trimestriel des bordereaux et des pièces justificatives des dépenses de fonctionnement de ces deux établissements (chauffage, éclairage, petits travaux divers...). L'autorité de l'intendance s'étend en outre à deux domaines des plus importants pour ce qui concerne l'activité de Denon : l'entretien et l'aménagement des palais impériaux pour lesquels les musées doivent fournir des tableaux et les grandes commandes, comme celle des portraits des dix-huit maréchaux de l'Empire ou les statues des princes et des grands dignitaires.

Denon est en outre en relation avec de nombreux agents de l'État, et en tout premier lieu avec ses subordonnés, les échanges épistolaires les plus orageux étant sans conteste ceux qu'il entretient avec Lenoir, conservateur du musée des Monuments français, tandis que le commerce avec Versailles relève davantage de la routine. Pour ce qui est des tableaux envoyés en province, ses interlocuteurs sont les préfets et les maires.

Enfin, les particuliers auxquels il écrit sont essentiellement les artistes dans le cadre des commandes, pour lesquelles il a également à informer les princes et les grands dignitaires, les fournisseurs divers et, de manière épisodique, les rédacteurs de journaux, les membres des sociétés savantes de son temps, parmi lesquelles des académies étrangères.


Les lettres provenant des Archives nationales

Sources

Nous présentons ici un choix des lettres originales adressées par Denon à Napoléon et conservées aux Archives nationales. Nous avons privilégié celles provenant des fonds de la secrétairerie d'État et tout particulièrement les manuscrits classés dans les cartons AF IV 1049 et AF IV 1050 relatifs à l'administration des arts. Y sont réunies non seulement des lettres au Premier Consul puis à l'Empereur mais également des notes confidentielles à lui adressées ainsi que les "feuilles de travail" destinées à préparer les discussions et à enregistrer les décisions prises. Nous y avons adjoint, de manière ponctuelle, des documents provenant d'autres fonds, notamment de la série O-2 (Maison de l'Empereur). Il s'agit là soit de lettres retransmises par Napoléon à ses ministres ou à l'intendant général de sa Maison, soit de pièces apportant un complément d'information utile à la compréhension des textes publiés ici.

Certaines de ces lettres originales figurent également dans les registres des Archives des musées nationaux. Nous avons pris le parti, dans ce cas, de reproduire les deux versions du texte afin de conserver l'intégralité du corpus des lettres recopiées dans les registres de correspondance du musée, tout en respectant le caractère authentique de l'original. On constatera par ailleurs qu'il se présente parfois des variantes importantes entre les deux états qu'il convenait de ne pas négliger.

Description matérielle

Les lettres administratives de Denon sont rarement écrites de sa main et ne sont pas toujours signées, même quand elles sont destinées à l'Empereur. Lorsque manque la signature, le filigrane ou le format et la teinte du papier utilisé, l'écriture du copiste ou du secrétaire, la couleur de l'encre, voire la finesse de la plume, sont autant d'éléments qui permettent l'attribution à Denon du texte en question, ainsi, parfois, que sa datation. Celle-ci est également facilitée par l'enregistrement des lettres reçues à la secrétairerie d'État, la date de réception étant souvent inscrite sur les documents envoyés à l'Empereur.
Le courrier adressé par Denon à Napoléon a ceci de particulier qu'à partir de 1804 il est rarement rédigé sur du papier à en-tête, à la différence des lettres envoyées aux ministres et aux particuliers. Sous le Consulat, en revanche, le directeur avait employé le papier à lettres à trois en-têtes différents successivement conçus pour refléter l'évolution de ses titres, de la transcription de son propre nom et le changement de l'appellation du musée (AN 1, AN 3, AN 4, AN 6-AN 11, AN 12-AN 13).


Contenu

Dans les lettres et notes qu'il adresse au Premier Consul puis à l'Empereur, Denon traite des principales entreprises artistiques de la période : conception et réalisation des monuments, statues, médailles, tableaux, tapisseries, gravures et dessins destinés à commémorer les moments forts de l'histoire nationale contemporaine et les personnalités qui l'ont illustrée ; organisation des expositions et du Salon ; choix des objets d'art à enlever dans les pays conquis ; envoi de tableaux aux palais impériaux et aux musées de province. Mais cette correspondance permet également au lecteur de pénétrer dans les coulisses de l'administration des arts, qu'il s'agisse de la restructuration d'un établissement placé sous la responsabilité de Denon ; de l'art de diriger l'opinion des membres de commissions chargées de prendre des décisions importantes ; des négociations relatives à la rémunération à accorder aux artistes, et tout particulièrement au Premier Peintre de l'Empereur, David. Parfois enfin, sur un plan plus personnel, deviennent perceptibles les sentiments de joie mais aussi de peine qu'a pu éprouver le directeur des musées dans ses relations avec l'Empereur.

Objectifs de la publication

Objectifs généraux


La mise en ligne de la correspondance administrative de Vivant Denon qui est offerte ici s'adresse à tous ceux qu'intéresse l'époque du Consulat et du Premier Empire. Elle retrace en effet les événements marquants de la politique nationale et internationale de cette période, que ce soit par le biais de la conception et la réalisation de monuments commémoratifs, d'expositions célébrant les victoires de la Grande Armée, ou à travers les voyages entrepris par Denon dans le sillage de l'Empereur, ses relations avec les grands dignitaires de l'Empire, ses rapports avec la presse. On y trouvera tour à tour évoqués la Paix d'Amiens, la Loi sur les cultes, le Code civil, la proclamation de l'Empire, le Sacre et le couronnement de Napoléon, les préparatifs de l'invasion d'Angleterre, les campagnes en Allemagne, en Autriche et en Espagne, le traité de Tilsit, l'entrevue d'Erfurt, les relations avec le pape, le mariage de Napoléon avec Marie-Louise, la prise de Paris en 1814 et en 1815, la Première Restauration, les Cent-Jours, la Seconde Restauration...

Objectifs scientifiques

La présentation de cette correspondance s'inscrit dans deux directions de recherche distinctes : l'édition scientifique de sources primaires inédites ou peu connues, et l'étude de l'ensemble des activités de Vivant Denon.

L'historien d'art comme l'historien disposent aujourd'hui de plusieurs éditions de textes offrant une matière première abondante pour l'étude du monde des arts, plus particulièrement dans ses aspects institutionnels, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles.
Nous citerons au premier rang de celles-ci les trois volumes des Archives du musée des Monuments français, dont l'utilité n'est en rien remise en cause par leur date d'édition maintenant ancienne. La Correspondance des directeurs de l'Académie de France à Rome, dont la publication est toujours en cours, se signale par la longue période déjà aujourd'hui couverte ; enfin, une contribution essentielle a été apportée par l'édition des procès-verbaux des séances du Conservatoire et du Conseil d'administration du Museum de 1794 à 1798, et par celle des procès-verbaux de l'Académie des Beaux-Arts de 1811 à 1815.
L'étendue des périodes ainsi suivies offre l'immense avantage de présenter dans toute leur ampleur les questions évoquées, et de permettre l'étude de leur évolution dans le temps.

Par ailleurs, si la figure de Denon a été remise en lumière par les travaux de Pierre Lelièvre en 1942 puis en 1993, ainsi que par Jean Châtelain en 1973, le projet Denon conçu par le Louvre pour célébrer en 1999 son premier directeur a, dès l'origine, mis en chantier plusieurs publications : outre le catalogue de l'exposition et les actes du colloque, il a été décidé d'éditer la correspondance administrative, dont la préparation a nourri la réflexion de tous ceux qui ont travaillé dans ce cadre sur Vivant Denon. Voir la bibliographie.

Cette correspondance en majeure partie inédite n'est pas inconnue des chercheurs. En effet, des extraits en ont été publiés dès le début du siècle dans des ouvrages faisant encore autorité et ont été exploités depuis par les biographes de Denon. C'est pourtant la lecture de chaque lettre dans son intégralité et dans son contexte, qui permet d'appréhender dans toute leur étendue les fonctions exercées par Denon.


Les apports de la publication "intégrale"

La lecture en continu de cette correspondance permet une étude approfondie des différentes questions que Denon a été appelé à traiter et offre ainsi de nouvelles pistes de recherche.
A titre d'exemple, nous voudrions évoquer brièvement ici trois points particuliers : les relations de Denon avec l'Empereur, quelques aspects de la vie des employés du musée, le rythme d'activité du directeur.

Relations avec Napoléon

Pendant les premières années de son directorat, Denon entretient avec le Premier Consul puis avec l'Empereur des relations assez étroites. En font foi les ordres verbaux auxquels il fait lui-même allusion dans sa correspondance et les "feuilles de travail" que nous avons évoquées plus haut. Celles-ci prennent la forme soit de questions/réponses, soit de notes préparatoires aux réunions, et attestent que Denon travaille en direct avec Napoléon au même titre que les ministres et les grands commis de l'État.
A cette époque surtout, Denon prend l'initiative de lui soumettre des propositions ou des projets, dont la majorité sont approuvés mais dont certains frappent par leur extravagance : le projet d'une fausse découverte d'une fausse statue de Guillaume le Conquérant au moment des préparatifs du débarquement en Angleterre en est un des exemples les plus savoureux, et qui fut prudemment rejeté par le Premier Consul (AN 15, AN 16).
Ces relations étroites se manifestent également par le ton professoral que s'autorise parfois le directeur. Une lettre du 28 frimaire an 11 (19 décembre 1802, AN 1) présente ainsi une "note historique et anecdotale" sur les tableaux qu'il vient de choisir pour la bibliothèque du Premier Consul aux Tuileries, note qui préfigure non seulement l'intéressante notice sur l'aménagement du trumeau consacré à Raphaël dans la Grande Galerie du musée (AN 3), mais également les rapports qu'il rédigera sur les Salons à partir de 1804 (AN 24, AN 75, AN 89).

La mise en place de structures beaucoup plus hiérarchisées sous l'Empire provoque une évolution importante dans le mode de travail de Denon : pour ce qui concerne les grandes commandes, le budget et la comptabilité du musée, il doit désormais s'adresser en premier lieu à l'intendance générale. Du coup, ses rapports directs avec l'Empereur vont se distendre.
Dans une lettre adressée à Daru le 6 août 1805, deux semaines après la nomination de celui-ci comme intendant général, Napoléon écrit en effet : "Il faut désormais que M. Denon vous soit subordonné, comme il doit naturellement l'être, en ménageant son amour-propre, et qu'il reste conservateur du Museum, n'ordonnant point de dépenses et mes ordres passant toujours par vous" (Correspondance de Napoléon Ier, lettre 9050).
A partir de ce moment Denon est rarement admis au déjeuner de l'Empereur, réservé aux collaborateurs les plus proches (AN 53), et l'on voit progressivement disparaître le ton de franchise - parfois tranchant - qu'il s'était permis au début de son directorat.

Si les décrets de février et mars 1806 sont le fruit d'une collaboration encore étroite entre Napoléon, Maret, secrétaire d'État, et Denon (AN 48, AN 49), en juin 1806, ayant su par Daru que l'Empereur avait manifesté une certaine inquiétude au sujet de l'état de son médaillier, Denon, "profondément affligé", exprime son exaspération et propose sa démission (AN 56, AN 58).
Ce mouvement d'humeur a dû être rapidement calmé par Napoléon, car moins de quinze jours plus tard, Denon s'adresse directement à l'Empereur à propos de la décoration de l'arc de triomphe du Carrousel (lettre 927-3). Il lui demande des instructions personnelles sur le programme iconographique, en prenant bien soin de préciser qu'il soumettra au supérieur hiérarchique compétent devis et pièces comptables.
Mais si Napoléon continue de lui donner parfois des ordres verbaux, de l'appeler auprès de lui dans ses campagnes, de se laisser souvent guider dans le choix des œuvres à enlever dans les pays conquis, il semble maintenir à distance son directeur, dont le zèle ne faiblit pas pour autant. Son voyage en Italie en 1811 en est la preuve : il en rapporte une suite fort importante de dessins représentant les sites des victoires de son Empereur, et un relevé des nombreuses œuvres à prélever pour le musée Napoléon (AN 93-AN 96).


Quelques aspects de la vie des employés du musée

Les effectifs des personnels du Louvre au début du XIXe siècle sont tout à fait modestes et un certain nombre d'entre eux sont maintenant bien connus, comme Lavallée, le secrétaire général, ou Morel d'Arleux, Visconti et Dufourny, tous trois conservateurs. La correspondance du directeur est en revanche une des seules sources permettant de mieux connaître les autres employés du musée et notamment les gardiens ; en effet, leurs dossiers sont bien loin d'être tous conservés aux Archives des musées nationaux, où il n'existe guère de pièces relatives à ce sujet pour cette période.
Nous nous attacherons ici à deux points particuliers : les salaires des gardiens et la mise en place de mesures de protection sociale.

En 1805, les appointements annuels de chacun des treize gardiens et des deux portiers s'élèvent à 100 F par mois, soit 1 200 F par an. A titre de comparaison, le secrétaire général perçoit 4 000 F, Debusne, le premier commis, 2 500 F et Giosi, marbrier chargé de la restauration des marbres antiques, 2 000 F. Les traitements des gardiens sont modestes, mais cependant légèrement plus élevés que le salaire moyen des ouvriers parisiens, estimé pour la période à 900 F ; ils trouvent des compléments appréciables dans les gratifications accordées pour travaux exceptionnels sur les recettes intérieures du musée, à l'occasion notamment de l'accrochage du Salon et de l'envoi des tableaux en province. Quelques francs sont encore glanés chaque mois par les femmes des gardiens chargées de vendre les notices explicatives dans l'enceinte du musée.
Il existe également des avantages en nature, certains gardiens sont logés, essentiellement au musée spécial de l'École française de Versailles, les gardiens et les portiers du musée Napoléon sont habillés à la livrée de l'Empereur et reçoivent vestes et pantalons de travail.

Sous l'effet des mesures de protection sociale prises par l'Empire, et dont les conséquences sont observables jusque dans le microcosme du Louvre, le sort des gardiens va connaître une amélioration considérable avec la mise en place des systèmes de retraite.
En mars 1810, à la mort du marbrier Mariano Giosi, sa femme Anna Maria, sans appuis familiaux car elle avait quitté Rome pour suivre son mari, doit subvenir aux besoins de ses cinq enfants, aidée du faible salaire de son fils, qui, comme apprenti marbrier au musée, touche 5 F par jour.
L'usage était alors d'accorder dans ce cas un secours sur les recettes propres réalisées par le musée sur la vente des notices, du livret du Salon, des estampes et des moulages. Denon sollicite une première fois l'autorisation de l'intendant général à hauteur de 500 F, puis réitère sa demande au mois de juillet suivant. Si la réponse se fait attendre, c'est que se met alors en place dans les différents ministères le système des retraites, qui constitue un des éléments déterminant de la politique sociale de la période. Pour la Maison de l'Empereur, c'est le décret du 14 juin 1810 qui fixe les retraites et les pensions à accorder aux employés des établissements. Ces nouvelles dispositions se mettent lentement en place et ce n'est que le 19 mai 1811, soit plus d'un an après la mort de son mari, qu'un décret accorde à Mme Giosi une pension annuelle de 220 F payable trimestriellement à compter du 1er janvier précédent, tandis que le même décret fixe à 195 F le montant de la pension accordée à la veuve de Clausel, chef des gardiens du musée de Versailles, mort le 2 avril de la même année.
Le décret du 14 juin 1810 assurait le financement de ces retraites en prévoyant une retenue à la source de 4 % sur les salaires, montant ramené à 2 % peu de temps après. Ces mesures devaient être étendues à l'ensemble des employés de l'État en avril 1811, s'appliquant donc notamment au musée des Monuments français.
Les premiers employés à toucher leur retraite, pour laquelle il fallait justifier de vingt-cinq années d'activité, seront en 1812 Bidot (699 F, 71 ans, dont 27 ans de service), Forney (720 F, 64 ans, 42 ans d'activité dont 19 au Louvre) et Pillon (400 F, 72 ans dont 30 ans d'activité). En 1813 vient le tour d'Aubourg, expert du musée (220 F), puis, en 1815, de Rime (800 F). Devenue veuve, Mme Pilon touchera 200 F par an à partir de 1813.

Même si le directeur a pu demander quelques augmentations de traitement, sa marge de manœuvre est des plus faibles dans ces domaines. En revanche, il peut jouer de son influence pour venir en aide aux employés du musée, faisant ainsi admettre le gardien Bidot, septuagénaire sans famille, dans un hospice, pour tenter de différer le recrutement du jeune Giosi, atteint par la conscription, ou pour maintenir le salaire de Leroux, commis attaché à la rédaction de l'inventaire Napoléon, pendant son absence pour des raisons de santé.


Le rythme d'activité du directeur

On ne peut qu'être frappé, à la lecture en continu de la correspondance, par la capacité du directeur à mener de front de nombreux projets de grande ampleur.
L'année 1806, décisive pour la mise en place des grands projets, est probablement une des plus éclairantes sur ce point. Au mois de février Denon est chargé de la conception du décor sculpté de l'arc de triomphe du Carrousel, soit huit statues et six bas-reliefs. Deux jours plus tard, un autre décret officialise son projet de faire exécuter et graver les dessins des campagnes d'Italie et d'Allemagne. Le décret du 1er mars 1806 ordonne la réalisation des portraits des sept princesses de la famille impériale, suivi immédiatement par le décret du 3 mars prévoyant la réalisation des dix-huit tableaux destinés à l'aménagement de la galerie de Diane aux Tuileries. Ces trois grands programmes doivent être mis en œuvre alors même que Denon ne cesse d'enrichir le programme de médailles commémoratives des grands épisodes du règne (AN 48, AN 56), et d'en diriger l'exécution ; continue à suivre l'avancement des travaux de la colonne Vendôme et des monuments à Desaix au Grand-Saint-Bernard et pour la place des Victoires à Paris ; poursuit les projets d'acquisition des collections Borghese et Baldinucci et enfin bat le rappel auprès des artistes pour que soit respectée la date d'ouverture du Salon fixée au 15 septembre de la même année. Et toute cette activité se déploie entre deux voyages en Allemagne : Denon revenu à Paris en janvier 1806, repartira une fois le Salon ouvert. Ce panorama met clairement en évidence l'omniprésence de Denon dans la conception, la réalisation et la diffusion des grandes œuvres, sa capacité à suivre simultanément des projets aussi multiples que divers, où l'attention portée au moindre détail ne nuit pas à une vision d'ensemble.

Les impératifs de délais régissant la création artistique sous Napoléon sont de ces contraintes qui révèlent les talents d'organisateur de Denon. Comment garantir par exemple la bonne ouverture du Salon de 1810 à la date prévue ? Comment assurer la présentation à l'exposition des commandes officielles ? De la définition des sujets et du choix des artistes à la distribution des récompenses, Denon veille à tout. Le tableau exposé au Salon de 1810 par Meynier nous sert d'illustration. Ainsi voyons-nous Denon proposer en février 1809 que soit représenté L'Entrée de l'Empereur à Berlin parmi les tableaux à commander pour la Galerie de Diane aux Tuileries en remplacement de ceux qui avaient déplu à l'Empereur (1574-3). Ce sujet avait déjà été suggéré par le directeur à l'automne précédent (AN 76). En mars 1809, il recommande que Meynier soit chargé de son exécution (1584-2). L'artiste est payé au mois de mai suivant (1609-2). Une fois le tableau accroché en bonne place au Salon (n° 570), Denon demande, en vain, dans son rapport à l'Empereur que le peintre soit décoré de la Légion d'honneur (AN 89). Le tableau ira ensuite, en 1811, aux Tuileries pour se substituer à ceux envoyés aux Gobelins (2040).

Denon doit également prendre, dans le mois précédant l'ouverture, un certain nombre de dispositions pratiques : enregistrement des œuvres remises par les artistes, organisation des réunions du jury, choix d'accrochage, réalisation du livret, préparation de l'inauguration puis mise en place des mesures de sécurité permettant de faire face à l'affluence prévue.

L'ouverture du Salon impose encore de nouvelles tâches : prévoir les visites des personnalités, les conseiller éventuellement sur leurs acquisitions, répondre aux récriminations des nombreux artistes qui se jugent desservis par l'accrochage, faire face aux réclamations consécutives à des vols d'œuvres survenus pendant l'exposition, prévoir des gratifications aux gardiens pour les indemniser des travaux supplémentaires occasionnés par cette manifestation et enfin prévoir le décrochage et la remise des œuvres aux artistes.

Alors que le Salon a ouvert le 5 novembre, Denon présente dès le 11 un rapport détaillé à l'Empereur (AN 89), dans lequel il signale les tableaux particulièrement dignes d'intérêt, dont il analyse les mérites techniques, en insistant sur les progrès faits par l'école française dans les dix dernières années, sans négliger les tableaux de genre, et évoque également la sculpture et la gravure. Il rend compte de tous les travaux ordonnés par l'Empereur et indique les tableaux qu'il serait bon d'acquérir, ainsi que les artistes qui doivent recevoir des gratifications ou des médailles d'encouragement, proposant que la Légion d'honneur distingue deux peintres et deux graveurs.


Conclusion

Ces trois exemples bien différents démontrent la richesse des informations contenues dans cette correspondance. A nos yeux, cette édition n'est en soi qu'une étape : elle portera ses fruits par l'exploitation qui en sera faite par d'autres. Bien des voies de recherche sont encore à poursuivre, relevant aussi bien de l'histoire des institutions, de l'histoire du goût ou de l'histoire des mentalités sous le Consulat et l'Empire.
On pourrait citer en particulier la médiatisation de l'art, les mécanismes autorisant la production d'œuvres en série dans des temps limités, les ruptures et les surprenantes continuités de la Première Restauration, sur laquelle il existe bien peu de publications.
Mais le texte le plus riche et le moins exploité encore, même s'il est souvent cité, demeure sans conteste le "Précis de ce qui s'est passé au Musée royal depuis l'entrée des alliés à Paris", relation des dernières semaines de Denon à la tête du musée. Une lettre adressée le 11 septembre 1815 par le directeur à son amie vénitienne, Isabella Albrizzi, témoigne de son désarroi : "J'élevais, j'achevais le plus beau, le plus grand monument qui ait jamais existé, à présent je ne suis là que pour le distribuer méthodiquement et prouver à l'Europe rassemblée qu'il y a encore un honnête homme en place" (Lettres à Bettine, Actes Sud, 1999). On retrouve dans le "Précis" la clarté du style de Vivant Denon, allié à un sens du mouvement dramatique et animé par un souffle quasi épique. Ce récit complète le portrait de Denon écrivain et trouve sa place légitime aux côtés de Point de lendemain et du Voyage dans la Basse et la Haute Égypte.

Marie-Anne Dupuy
Isabelle le Masne de Chermont
Elaine Williamson