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| Lettres de Napoléon à Bigot de Préameneu (1799-1815) : | |
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Présentation des documents et évocation
du contexte historique, Introduction
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Conclusion |
| Présentation des documents | |
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Félix-Julien-Jean Bigot de Préameneu avait hérité, le 4 janvier 1808, du poste de ministre des Cultes (4), occupé avant lui par Jean-Etienne Portalis (5). Le choix de Bigot pour succéder à Portalis nest pas le fruit du hasard. Leur itinéraire est parallèle et les deux hommes, nés à un an dintervalle Portalis en 1746, Bigot de Préameneu en 1747 se connaissaient de longue date. Tous les deux avaient appartenu au Conseil dEtat sous le Consulat, Portalis y entrant dès sa formation en 1800, Bigot lannée suivante, après une carrière politique marquée sous la Révolution par un attachement aux idées royalistes. Comme Portalis, Bigot de Préameneu était également un juriste de formation, docteur en droit, avocat puis conseiller au Parlement de Rennes avant 1789, alors que Portalis avait exercé à Aix. Il avait aussi reçu une éducation religieuse au séminaire de Rennes, sa ville natale, avant de délaisser la prêtrise pour le droit. Mais cette double formation de juriste et de théologien le désignait tout naturellement pour ce poste de ministre des Cultes. Avec Portalis, Bigot partageait aussi une commune appartenance à la commission chargée, en juillet 1800, de rédiger le premier projet de Code civil. Juriste, cest à la tête de la section de Législation du Conseil dEtat que Bigot sillustre, à partir de 1802, avant daller exercer ses talents en Ligurie, après son annexion à lEmpire en 1805. Il est chargé dy organiser la Justice. Après la mort de Portalis, Napoléon hésite un instant sur le choix de son successeur ; il laisse du reste au fils du ministre défunt, Joseph Portalis, le soin dassurer lintérim. Puis il se décide, en janvier 1808, à désigner Bigot pour le remplacer. En faisant ce choix, Napoléon opte pour un expert en droit, imprégné des idées gallicanes, au moment où se profile la crise entre le pape et lempereur. Le nouveau ministre a aussi la réputation dêtre un modéré : M. Bigot avait dans le caractère une modération qui le rendait propre aux fonctions quil allait remplir , note Cambacérès dans ses Mémoires, avant dajouter je lavais désigné de bonne heure à Napoléon comme étant un sujet fort distingué .(6) Lempereur neut ensuite quà se louer de ce choix, Bigot de Préameneu conservant le poste de ministre des Cultes jusquen avril 1814, après avoir accompagné limpératrice à Blois. Il se retire sous la Première Restauration, mais réintègre son ancien poste, avec le titre de directeur général des Cultes, à lépoque des Cent-Jours. Ecarté en juillet 1815, quitte la vie publique, tout en conservant son fauteuil à lAcadémie française. Il meurt le 31 juillet 1825.
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| Evocation du contexte historique | |
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Lexil et la déportation du clergé romain est une
réalité qui transparaît bien dans la correspondance
de Napoléon. Ce dernier rencontre dans les Etats pontificaux
une résistance de la part du clergé à laquelle
il nétait pas accoutumé, sauf le cas particulier
de lEspagne. Cette résistance fait du reste des émules
en France même et lon peut penser que la situation faite
au clergé romain et à son chef y a contribué. Elle
a pour conséquence daccroître le contrôle policier
sur le clergé.
Les ordres masculins sont pour leur part détruits. Alors que
Napoléon sattache à faire disparaître la présence
monastique en Italie, voire en Allemagne, les congrégations missionnaires
sont supprimées. Mais le symbole de cette politique déradication
des congrégations demeure la suppression de la Compagnie de Saint-Sulpice,
associée dès 1801 à la réorganisation concordataire
du pays, par lintermédiaire de son supérieur Emery.
Déjà menacée en 1809, la Compagnie est dissoute
en 1811, peu après la mort de son supérieur, et les douze
séminaires quelle dirigeait sont confiés au clergé
diocésain. Cette suppression est un symbole car la compagnie
a défendu le pape et passe donc pour ultramontaine ,
à linstar de la plupart des congrégations dhommes.
A lheure de la crise avec Pie VII, Napoléon entend sappuyer
sur le seul clergé séculier, composé dévêques
et de curés soumis au serment et rémunérés
par lEtat. Ce clergé se voit imposer lenseignement
des quatre articles de 1682, charte du gallicanisme, devenu loi de lEtat
en 1810. Mais lattachement du clergé à la défense
des libertés de lEglise de France ne lempêche
pas de rester fidèle au pape. Cest un des éléments
que na pas suffisamment perçu Napoléon. Le clergé
français nest pas prêt au schisme.
Jacques-Olivier BOUDON |
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1)
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Hippolyte TAINE, Les origines de la France contemporaine, Laffont, Bouquins, 1986, T. 2, p. 391, note 3. [Retour] | |
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2)
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Bigot de Préameneu na pas fait lobjet dune biographie de référence. Il faut donc se contenter de la notice rédigée par son petit-fils sous la Monarchie de Juillet, Arthur NOUGAREDE DE FAYET, Notice sur la vie et les travaux de M. le comte Bigot de Préameneu par A.Nougarède de Fayet son petit-fils, Paris, Imp. De Crapelet, 1843, 71 p. ; et de quelques études parues dans des revues locales : R. KERVILLER, La Bretagne à lAcadémie française : Bigot de Préameneu , Revue de Bretagne, 1904, 1er semestre, p. 13, 148 et 225 et J. PEPIN, Bigot de Préameneu, jurisconsulte (1747-1825) , Bulletin de la Société dArchéologie de Bretagne, 1986, p. 169-175. [Retour] | |
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3)
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En attendant la publication de sa thèse sur la restauration de Rome sous Pie VII et Léon XII, voir Philippe BOUTRY, Traditions et trahisons. Le retour de Pie VII à Rome (19 mars-24 mai 1814) , dans Yves-Marie BERCÉ (dir.), La fin de lEurope napoléonienne, Paris, Kronos, 1990, p. 203-218. [Retour] | |
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4)
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Voir Thierry LENTZ, Dictionnaire des ministres de Napoléon, Paris, Christian/Jas, 1999. [Retour] | |
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5)
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Voir Claude LANGLOIS, "Philosophe sans impiété et religieux sans fanatisme. Portalis et l'idéologie du système concordataire", Ricerche di Storia Sociale e Religiosa, 15-16, 1979, p. 37-57 ; Marceau LONG et Jean-Claude MONIER, Portalis ou lesprit de justice, Paris, Editions Michalon, 1997. [Retour] | |
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6)
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Mémoires inédits. Eclaircissements publiés par Cambacérès sur les principaux événements de sa vie politique, présentation et notes de Laurence Chatel de Brancion, Paris, Perrin, 1999, 2 tomes, t. 2, p. 167. [Retour] | |
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7)
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De son mariage avec Eulalie-Marie Barbier, Bigot de Préameneu avait eu deux filles, Eulalie-Jeanne-Marie-Félicité et Eugénie. Eulalie avait épousé en premières noces Etienne Sauret, puis André-Jean-Simon Nougarède de Fayet qui fut membre du Corps législatif et maître de requêtes au Conseil dEtat, puis président de la Cour dappel de Paris. [Retour] | |
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8)
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Correspondance de Napoléon Ier publiée par ordre de l'empereur Napoléon III, Paris, Imprimerie Impériale, 32 tomes, 1858-1869. [Retour] | |
| 9) | Comte dHAUSSONVILLE, LEglise romaine et le Premier Empire 1800-1814, Paris, Michel Lévy, 5 tomes, 1868-1869. [Retour] | |
| 10) | Léon LECESTRE, Lettres inédites de Napoléon Ier (an VIII-1815), Paris, Plon, 1897, 2 tomes ; Léonce de BROTONNE, Lettres inédites de Napoléon Ier, Paris, Champion, 1898, 611 p. et Dernières lettres inédites, Paris, Champion, 1903, 2 tomes, 556 et 542 p. [Retour] | |
| 11) | Archives Nationales, AF IV/1046 à 1048. [Retour] | |
| 12) | Voir Simon DELACROIX, La réorganisation de l'Eglise de France après la Révolution 1801-1809, t. 1, Les nominations d'évêques et la liquidation du passé, Paris, Ed. du Vitrail, 1962, 487 p. [Retour] | |
| 13) | Voir Jacques-Olivier BOUDON, Lépiscopat français à lépoque concordataire (1802-1905). Origines, formation, nomination, Paris, Ed. du Cerf, 1996, 589 p. [Retour] | |
| 14) | Voir Jean-Michel LENIAUD, L'administration des cultes pendant la période concordataire, Paris, N.E.L., 1988, 428 p., p. 88 et suiv. et Pierre-François PINAUD, "L'administration des cultes de 1800 à 1815", Revue de l'Institut Napoléon, n° 132, 1976, p. 31-39. [Retour] | |
| 15) | Voir Louis MADELIN, La Rome de Napoléon. La domination française à Rome de 1809 à 1814, Paris, Plon, 1906 et Carlo NARDI, Napoleone e Roma. La Politica della Consulta romana, Rome, Ecole Française de Rome, 1989. [Retour] | |
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16)
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Voir Claude LANGLOIS, Le catholicisme au féminin, Paris, Ed. du Cerf, 1984. [Retour] | |
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